La distorsion des relations entre Blancs et Noirs au Kenya

Cet article fait partie d’une série que j’ai écrite en 2007 lors d’un séjour de 5 mois au Kenya.

Voilà donc la fameuse question que je me pose régulièrement depuis mon arrivée au Kenya : « Mais qui va payer ? ».

Lorsque nous buvons un coup à Lunga Lunga, lorsque nous mangeons à Ukunda, ou encore lorsque nous déjeunons à Msambweni, je m’interroge. Mais le plus mystérieux, c’est que je semble toujours être le seul à ne pas savoir que, naturellement, c’est moi qui vais payer ! J’ai donc fini par comprendre quelle était la terrible destinée du Mzungu au Kenya : il paye l’addition.

Évidemment, les Blancs que l’on croise dans le coin sont le plus souvent des touristes, qui ont donc eu les moyens d’acheter le billet d’avion pour l’Afrique (environ 900 € aller-retour). Ils sont alors en général plutôt aisés, et à cela s’ajoute le fait que leur pouvoir d’achat est très nettement augmenté au Kenya. Ainsi, un Européen même moyen, qui aura eu de quoi s’acheter un appareil photo dans son pays, sera forcément très riche aux yeux d’un Kenyan pour lequel cet appareil coûterait un mois de salaire.

Les Blancs sont donc tous riches, et les riches payent… Voilà pourquoi mes collègues kenyans s’attendent à ce que je paye le plus souvent la totalité de l’addition, parfois sans aucune participation de leur part, et sans pour autant me le demander clairement.

La situation n’est donc pas facile à gérer, car si j’accepte de tout payer, alors c’est qu’en effet, je suis riche, et si je ne paye pas, alors c’est que je suis avare, puisque je suis riche… Je pense qu’il s’agit d’un des aspects les plus difficiles à vivre ici lorsque l’on est blanc.

Comment savoir si je suis pour eux un simple porte-monnaie ou un peu plus que ça ? Est-il normal de payer systématiquement pour des gens que je ne connais que depuis quelques semaines ? Mais serait-il normal de refuser de payer alors que mon pouvoir d’achat est augmenté sans pour autant que je le mérite ? Après tout, mon pays a bien construit sa richesse sur le dos de bien d’autres pays…

Autant dire que la question n’est pas simple, et il n’est pas évident de déterminer la limite entre la justice et l’abus de leur part…

Je découvre donc cette situation difficile dont j’essaie tant bien que mal de me dépatouiller ! Et il m’arrive d’essayer d’imaginer une Afrique de demain où les relations Blancs-Noirs ne seraient pas distordues par l’argent…


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