Qu'est-ce que la prise de conscience ? Analyse des mécanismes

La prise de conscience est le processus élémentaire de l’expansion de la conscience. Prise de conscience après prise de conscience, la réalité est perçue avec de plus en plus de finesse.

Cette modification de la perception engendre une modification de la représentation du monde et des comportements. Puis l’individu apprend à provoquer les prises de conscience. Peu à peu, un état de déséquilibre permanent s’installe : l’évolution devient continue.

Alors, avec le temps et l’entraînement, les mécanismes sont mieux compris et s’affinent : on va de l’analyse vers l’observation, de l’extérieur vers l’intérieur, du grossier au subtil.

Et, peut-être contre toute attente, cette évolution de la conscience est un processus qui, par nature, mène à la compassion.

Je propose ici une description du phénomène de la prise de conscience, à partir d’exemples tirés de ma propre expérience. Ce texte est extrait de mon livre À la reconquête du bonheur perdu. Tu peux aussi découvrir d’autres extraits du livre, notamment une définition originale et touffue de la sensibilité et une analyse amusée de la dynamique de mon bien-être.

C’est le processus élémentaire de l’expansion de la conscience

Prendre conscience, c’est comprendre quelque-chose de nouveau sur soi-même, sur les autres, ou sur le monde. Je prends par exemple conscience des cycles qui se reproduisent dans ma vie, je perçois leurs rouages ; je prends conscience que ce chef ne m’a pas agressé intentionnellement ; je prends conscience qu’à travers chaque geste j’agis sur la vie de centaines d’autres personnes avec lesquelles je suis intimement lié.

La prise de conscience, c’est le processus élémentaire d’un mécanisme d’une plus grande ampleur que l’on peut appeler l’ouverture de la conscience, l’expansion de la conscience, l’éveil de la conscience. Cette évolution de la conscience, cette série de prises de conscience, c’est un mouvement qui mène pas à pas vers la diminution des souffrances, vers l’accroissement du bonheur, à travers une compréhension de plus en plus juste de la réalité.

Et, alors que le brouillard se lève, alors que la souffrance se dissout, la volonté de servir et de guider les autres grandit, afin qu’eux aussi puissent s’orienter vers cette libération.

La réalité est perçue avec de plus en plus de finesse

La prise de conscience a lieu lorsque, à un moment donné, la réalité est perçue avec une plus grande finesse. On perçoit un nouvel élément qui nous était inconnu : je n’avais jamais réalisé clairement que ma vie se structurait en cycles qui se répètent et que je subis. Ou bien, on voit sous un nouvel angle un élément qui nous était déjà connu : je connaissais la sensation de douleur, mais je découvre qu’elle peut être perçue comme une multitude de sensations subtiles, non douloureuses.

Souvent, la prise de conscience est catalysée par une situation difficile. Je me sens agressé par la remarque du chef, la détresse me contraint à chercher une solution, j’analyse, j’observe, je prends conscience, et la colère s’apaise. Parfois, il arrive même qu’elle soit provoquée par une très grande souffrance, comme la dépression, ou l’imminence de la mort. L’intensité de la tension peut déclencher une prise de conscience spontanée, suivie d’une transformation radicale.

Heureusement, la souffrance n’est pas indispensable à la prise de conscience. Cette dernière peut se manifester dans un moment de lâcher-prise, où l’observation du présent, sans attente particulière, provoque la perception spontanée d’un élément nouveau. Je suis absorbé par le rythme et la danse, et dans un éclair je comprends que l’harmonie, la beauté, peuvent trouver naissance dans la simple justesse.

La prise de conscience s’accompagne d’une impression de prise de hauteur, de prise de recul, comme un pas en arrière qui me fait découvrir que cette petite tache de peinture est en fait la trace d’un pinceau sur un grand tableau dont je n’avais pas perçu l’existence.

La représentation du monde et les comportements se modifient

Lorsque la prise de conscience a lieu, la représentation du monde se modifie. La modification peut être subtile, c’est un petit pas en avant. Je constate par exemple que mon corps est constamment parcouru d’une multitude de sensations fines dont je n’avais pas conscience, et cela m’ouvre des portes. Mais cette modification peut aussi être radicale, c’est un grand bond en avant. Je constate que la douleur est une illusion, que la concentration de l’esprit sur la douleur suffit à modifier drastiquement ma perception. Toute ma conception du corps, de l’esprit, et de leur interaction s’en retrouve ébranlée. Ma vision de la réalité se reconfigure, pas à pas, et mon comportement face au monde s’ajuste spontanément. La remarque du chef me touche moins, les douleurs de mon corps m’affectent moins, je tiens mieux compte de l’origine des produits que je consomme, je mange de moins en moins de viande, je m’arrête de temps en temps pour contempler la beauté, je ressens plus souvent le besoin de méditer. Prise de conscience après prise de conscience, je me métamorphose !

Au début, c’est le brouillard. Je ne sais où je vais, d’un élan machinal. Puis, à un moment, les contingences s’agencent, les conditions sont réunies, et une prise de conscience se produit. Je voyage et je comprends que mes conditions de vie sont une exception sur la planète, je lis le journal et je découvre les liens intimes qui m’unissent aux autres, une collègue complimente mon document et je prends conscience de la qualité de mon travail dont je doutais constamment.

À chaque fois je prends un peu de hauteur, mais je n’ai pas encore saisi l’importance du phénomène de la prise de conscience.

L’individu apprend à provoquer les prises de conscience

Un jour, sous le coup de la difficulté, je prends la décision de faire réellement face à mes souffrances, de laisser derrière moi la passivité. Je prends rendez-vous chez une psychologue et je commence à acquérir des outils. J’apprends à faire face, je m’entraine à analyser, à décortiquer, à m’exprimer, à m’affirmer.

Peu à peu, les prises de conscience se font de plus en plus fréquentes. Je commence à comprendre le rôle essentiel qu’elles jouent dans mon évolution, mais pas encore leurs mécanismes. Au moindre conflit interne je me réjouis : encore un problème à résoudre ! Bientôt une nouvelle prise de hauteur !

À tâtons, j’apprends à réunir intentionnellement les conditions qui la provoquent. Je ressens l’agacement qui monte, et, au lieu de réagir, au lieu de juger sur la base de mes concepts du passé, je profite de l’occasion pour observer ce qui se produit en moi, ce qui se produit autour ; alors, il arrive qu’un élément de compréhension nouveau se présente à mon esprit. Peu à peu, je prends en main mon évolution, je fais en sorte de favoriser les remises en question, de rechercher les nouveaux angles de vue. Le brouillard se lève, chaque jour devient un peu plus clair que le précédent.

Un état de déséquilibre permanent s’installe : une évolution continue

Mais déjà, de nouvelles difficultés se présentent. La succession rapprochée des prises de conscience me projette dans un état de constant déséquilibre. Ma représentation du monde ne cesse de se désagréger, intégrant à chaque fois les nouveaux éléments. Il va falloir apprivoiser cette instabilité, comprendre qu’elle est le signe d’une évolution constante, le symptôme de l’abandon des concepts et des comportements périmés, et le présage d’une sérénité grandissante.

À d’autres moments, c’est une impression d’échec qui m’assaille. Je croyais avoir progressé, m’être débarrassé de nombreux conditionnements, et voilà que lors de cette réunion je suis de nouveau submergé par les émotions, incapable de prendre de la hauteur. “Je régresse !”, m’écrié-je intérieurement ! Malgré cette sensation d’échec, c’est pourtant cette même réunion qui me fait découvrir, quelques minutes plus tard, le fameux pouvoir de l’observation. Il va donc falloir garder à l’esprit que tout apprentissage passe par des phases d’apparente régression. Sourire, accepter, et recommencer à avancer, avec confiance et persévérance. Sans aucun doute, un nouveau pas sera bientôt franchi.

Alors survient une autre difficulté : les autres ! Je change, je change, et ce changement inquiète, fait peur ou attriste les autres. Alors je vacille : suis-je en train de me perdre, de devenir quelqu’un d’autre ? Suis-je en train de m’isoler dans mon évolution ? Pourtant, si mon changement n’est pas sous-tendu par une manipulation extérieure, c’est bien que je deviens moi-même, tout simplement. La personne que j’étais, déformée par les concepts, les croyances, les peurs, n’était qu’un pâle reflet de moi-même. Pour aller véritablement vers le bonheur, je dois laisser tomber cette ancienne version périmée, au risque de décevoir.

Les processus sont mieux compris et s’affinent, avec le temps et l’entraînement

De l’analyse vers l’observation

Au début le mental, l’intellect, est très utile. Il est curieux, il cherche, il analyse. Il émet diverses hypothèses pour expliquer les processus, il imagine des solutions. J’analyse, et je parviens à formuler mes propres valeurs, et à mieux percevoir les mécanismes qui sous-tendent la dynamique de mon bien-être.

Puis, malgré sa dynamique, l’intellect commence à montrer ses limites. Certes il est très efficace pour développer des concepts, mettre en œuvre des automatismes, il est pratique pour agir vite en contexte connu.

Mais il apparaît maladroit quand il s’agit de remettre en cause sa propre version de la réalité, et d’analyser en temps réel tous les événements. Après tout, il ne faut pas lui en vouloir, comment pourrait-il découvrir des éléments nouveaux dans l’univers de concepts qu’il a lui-même conçu ? Comment pourrait-il parvenir à tout analyser en temps réel ? Prendre conscience, c’est justement découvrir une chose qui se trouve hors de ce cadre, hors du connu. La véritable prise de conscience est d’abord sensitive, empirique, intuitive, avant d’être intellectualisée.

Avec le temps, le mental perd de son importance, et laisse place à l’observation. Au-delà de la pensée, l’observation est directement branchée sur la réalité. Vivant dans l’instant par essence, elle peut potentiellement tout capter. Au lieu d’analyser a posteriori lorsqu’un problème se présente, je prends l’habitude d’observer a priori à chaque instant. J’apprends à vivre dans le présent, je développe le pouvoir de l’observation.

De l’extérieur vers l’intérieur

Au début je découvre le monde. Il est agressif, il est injuste. Le monde va mal, et j’essaie de refaire le monde. J’imagine, je propose, j’agis. Mais rien ne bouge, je perds patience. Je me sens mal et je fuis, je voyage. J’observe, et je retrouve mes problèmes. Partout où je vais ils sont là, je les emporte avec moi. Par un heureux hasard, je trouve un lieu plus agréable. Je me sens bien, enfin ! Mais soudain, un changement, un départ, un déménagement. Mes problèmes reviennent, toujours les mêmes. Je n’ai pas réussi à changer le monde, je n’ai pas réussi à maintenir autour de moi le monde idéal. Peut-être est-ce normal ? Qu’est-ce qui me justifierait un tel pouvoir sur le monde ?

Alors, par dépit, je me tourne vers l’intérieur. Réflexion, psychologie, méditation. Je fais face à moi-même, je commence à m’accepter, à me remettre en question. Et un jour, je découvre que ma liberté est totale : je peux résoudre chacun de mes conflits internes, je peux me métamorphoser, je peux choisir qui je veux être ! Ou plutôt, je peux redevenir moi-même, tout simplement ? Peu après, je découvre, surpris, qu’à l’intérieur le monde résonne en moi, sous la forme de sensations. Plus je regarde à l’intérieur, plus c’est le monde lui-même que je vois !

Du grossier au subtil

Au début, je travaille sur de grosses choses. Il y a d’énormes flux planétaires que je stimule par mes achats, qui véhiculent la souffrance et qui me heurtent. Il y a la dynamique de mon bien-être, à l’échelle des mois et des années. Il y a mes automatismes rustiques, dont je n’ai qu’une conscience brouillée.

Puis, il y a les émotions, les miennes et celles des autres. Il y a les comportements plus précis, à l’échelle de la journée ou de la minute. Il y a les sensations, dans l’instant. Et il y a même, depuis peu, des sensations si subtiles, insoupçonnées auparavant ! Et ensuite, que vais-je encore découvrir ?

Un processus qui mène à la compassion, par nature

Prise de conscience après prise de conscience, les conflits internes s’évanouissent. Ils laissent place à une sensation de légèreté, d’ouverture. La liberté grandit, on s’émancipe des carcans sociaux dans lesquels on s’était engouffré. Le cœur et l’intuition se réveillent et commencent à guider. On se différencie des autres, sans peur, pour devenir soi-même.

Mais l’évolution de la conscience n’est pas un processus qui oriente vers l’individualisme, bien au contraire ! Avec la souffrance qui se dissipe, avec l’espoir qui émerge, l’attention se porte de nouveau sur le monde avec plus de patience, de compréhension, de compassion. De plus en plus, tout semble relié, intimement. Et si tout est véritablement lié, s’aimer soi-même, aimer les autres, n’est-ce pas simplement la même chose ?

On comprend, pas à pas, que l’évolution de la conscience est orientée, par nature, vers la combinaison parfaite entre son propre bonheur et celui des autres !

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Page de présentation du livre
PDF
12 illustrations
170 pages (28000+ mots)
A5 (14.8 x 21 cm)

Ah, quel malheur ! Je suis si sensible, si vulnérable ! Mais que puis-je faire d’un corps si réactif ? Où est donc passé le mode d’emploi ? Être sensible, cela peut faire souffrir, n’est-ce pas ?

Pourtant, la sensibilité ne serait-elle pas, du même coup, un puissant outil d’évolution ? Un catalyseur de l’ouverture de conscience ? Une porte inattendue vers la vie spirituelle !

Alors, comment faire pour apprivoiser cette sensibilité ? Parviendrai-je un jour à reconquérir le bonheur perdu ? Et peut-être, même, à m’approcher de l’absolu ?


Article publié pour la pemière fois le 1er juillet 2016.

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