Être sensible, c’est être fragile et puissant à la fois

Être sensible, qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce un problème, une faiblesse ? Comment apprivoiser mon hypersensibilité pour en faire une force ? Je me suis posé ces questions pendant très longtemps !

Puis, à force de lectures, d’analyses et d’observations, j’ai fini par mieux comprendre les rouages cachés derrière ma sensibilité, et à pouvoir simplement profiter des fabuleux atouts qu’elle offre !

Je partage ici une sorte définition de la sensibilité et de l’hypersensibilité. Cette description est illustrée par une multitude d’exemples et d’observations tirés de ma propre vie sur de nombreuses années.

J’espère que cela pourra être utile et inspirant pour que, toi aussi, tu puisses te réapproprier ta sensibilité et transformer cette apparente fragilité en force et sérénité !

Ce texte est extrait de mon livre À la reconquête du bonheur perdu. Tu peux aussi découvrir d’autres extraits du livre, notamment sur les mécanismes de la prise de conscience et une analyse amusée de la dynamique de mon bien-être.

Être sensible : transformer une petite perception en grande réaction

Je pointe l’objectif vers le ciel étoilé. Ah ! Cet appareil photo affiche même la plus petite étoile ! Il est sensible ! Être sensible, c’est percevoir avec acuité de toutes petites choses, de petits stimuli. J’aimerais voir l’étoile de plus près, j’appuie très légèrement sur le zoom. Oula, ça va trop vite, j’ai perdu mon étoile ! Le zoom est très sensible ! Être sensible, c’est aussi réagir de manière amplifiée, exacerbée.

Finalement, être sensible, serait-ce avoir la faculté de transformer une petite chose en une grande chose ? Un stimulus subtil est transformé en perception nette, une petite perception est transformée en grande réaction. Et de cette petite constatation technique découle la vie si complexe et chaotique de l’être sensible !

L’être sensible est un être de contrastes

Ah, l’individu sensible est un être de contrastes, un être imprévisible ! Une petite variable bouge, et tout fout le camp.

Il est triste ou content.

Si enthousiaste il y a encore quelques instants, me voilà subitement plongé dans une tristesse apathique, sans même avoir saisi la cause potentielle de ce changement d’état.

Il est rapide ou lent.

Quelques minutes m’ont suffi à m’attacher à cette personne si fantastique ! C’est sûr, c’est la femme de ma vie ! Mais voilà tant de semaines que je ne parviens à surmonter ma peur intense de lui déclarer ma flamme… Il me faut du temps.

Il s’entête ou il doute.

Malgré toutes ces années je ne peux m’y résoudre, ma vie manque d’absolu, je veux vivre mes rêves, toujours ! Mais je doute, encore. Suis-je utopiste, irréaliste, idéaliste ? Est-ce perdu d’avance ?

Être sensible, c’est être un acrobate.

C’est passer sa vie sur le fil du rasoir, en manquant à chaque instant de tomber d’un côté ou de l’autre. Le changement d’état pourra être si rapide, et les émotions si extrêmes, que l’observateur, surpris, s’inquiétera : “Est-ce toujours la même personne qui se tient devant moi ? Serait-elle possédée ?”. Tandis que l’individu sensible, hébété, s’interrogera lui-même, dubitatif : “Mais au fait, pourquoi suis-je si triste ?”

L’individu sensible est un être de contradictions, un être de paradoxes !

Il est doux et radical. Ah, j’aime tant être doux, attentionné, tendre et subtil ! Mais lorsque les faits s’avèrent contraires à mon éthique, la sensation de dissonance interne devient si désagréable, insoutenable, que je ne peux que prendre une décision radicale, parfois non conventionnelle. Je dois quitter les lieux immédiatement ! Avec mon corps, le compromis n’est pas permis. C’est l’intégrité ou la souffrance.

L’être sensible est fragile et puissant.

Une toute petite remarque d’un tout petit chef, et déjà me voilà ébranlé ! Submergé par la honte, puis la culpabilité, puis la colère. Oh, que je suis chochotte ! Que je suis fragile ! Mais, lorsque je sens au plus profond de moi qu’il est temps de m’asseoir dix jours durant en demi-lotus, rien ne peut plus m’arrêter. Les fesses par terre, je reste là, déterminé. Quand toutes les parties de moi-même sont alignées, en harmonie, je suis très fort, plein de courage. Quand le cœur, l’intuition, la sensibilité me guident, je suis puissant, inébranlable.

Paradoxal, l’être sensible est doux et radical, fragile et puissant à la fois.

La sensibilité fragilise lorsqu’elle n’est pas comprise

Au début, le petit animal sensible est si fragile, si vulnérable.

Les sensations physiques sont intenses. Mon cœur résonne dans mon thorax, je rougis, et mes mains tremblent. Les émotions brouillent mes pensées. Lorsque la peur se présente, elle me paralyse ! Lorsque c’est la tristesse, elle m’accable ! Et quand c’est la joie, elle m’étourdit ! Mais que puis-je faire d’un tel corps si réactif ? Où est donc passé le mode d’emploi ?

Face aux autres, le petit être sensible pourra se sentir décalé, parfois jugé.

Chaque petite pensée accapare mon esprit. Ah, j’ai oublié d’apporter à manger, que je suis tête en l’air, que je suis maladroit ! Une émotion si forte me traverse, et je ne sais même plus : est-ce mon émotion ou bien celle de mon interlocutrice ? Et dans quelle proportion ?

Puis, si par malheur on me place en concurrence, face à un autre, la tension interne qui se développe en moi me place en fait contre moi-même. Face à l’animalité de la concurrence, je recherche la douceur et l’élégance. Je fuis la compétition, je suis lâche, inadapté !

Et voilà que, pour couronner le tout, lorsque je manifeste mon attirance à la femme de ma vie, je le fais avec tant de douceur, tant de subtilité, que mes signaux demeurent imperceptibles. Oh, quel malheur ! Resterait-il seulement une femme sensible sur cette étrange planète ?

Dans l’incompréhension, l’individu sensible risquera d’ancrer en lui le doute et la culpabilité.

“Ah ! Je suis trop sensible ! Je suis si nul ! Les autres ont l’air si forts ! Puissé-je enfin être normal, devenir comme tout le monde !”, s’exclamera-t-il abattu, devant son miroir.

Commencera alors une sombre phase descendante. Une phase où il se couvrira mécaniquement de multiples carapaces de plus en plus épaisses, de plus en plus sophistiquées, pour limiter au maximum l’entrée de toutes ces stimulations agressives. Peu à peu, sans le savoir, c’est alors sa véritable identité, son merveilleux petit enfant intérieur qu’il enfouira, qu’il refoulera. Un enfant intérieur pourtant si pur, si beau !

Si je suis une femme sensible, je suis tentée de refouler ma sensibilité pour me faire respecter dans ce monde, en réaction aux clichés qui projettent sur moi l’image d’une femme fragile.

Si je suis un homme sensible, je suis tenté de refouler ma sensibilité pour réduire la fracture qui me sépare du cliché de l’homme viril projeté sur moi. J’ai ligoté mon enfant intérieur, sa créativité, sa candeur, sa gaieté, et il souffre.

Être sensible, cela peut faire souffrir. Parfois beaucoup.

Pourtant, si être sensible c’est percevoir la réalité avec acuité, l’individu sensible, n’est-il pas celui qui voit ? Celui qui comprend ? Et je dirais même, celui qui est normal ?

Si être sensible c’est percevoir la réalité avec acuité, comment pourrait-on être “trop” sensible ? Comment pourrait-on “trop” percevoir la réalité ? Être “trop” sensible ? Non, soyons raisonnables : cela n’a aucun sens !

Reconnaître et accepter son hypersensibilité

Alors un jour, au détour d’une bifurcation dans sa trajectoire de vie chaotique, l’être sensible prend conscience de cette réalité.

Je comprends que je suis sensible, que tout le monde ne l’est pas autant, mais que je ne suis pas non plus anormal. Je comprends qu’être sensible peut me poser problème, que c’est aussi une grande richesse, et que je dois apprendre à vivre avec cette particularité.

Je prends rendez-vous chez une psychologue. “Alors, mon problème, c’est que je suis sensible ? Vous voulez dire que je suis faible ? Oh non, quelle déception ! Moi qui étais si fier de me croire bipolaire !” C’est l’acceptation.

L’acceptation est suivie par l’émergence d’un espoir, d’une libération.

Je commence à assumer mes différences, à ne plus chercher à réagir comme les autres. Mon attention se tourne vers moi. Je commence à m’aimer tel que je suis, à me respecter.

Je suis une personne subtile ? Et bien je ferai mes avances avec subtilité. Je n’aime pas la compétition ? Et bien je n’aime pas la compétition. Je suis parfois fragile ? Et bien c’est ainsi. Je suis émotif et tête en l’air ? Et bien voilà. Petit à petit, le doute et le besoin de m’identifier aux autres se dissolvent.

Mais à peine l’individu sensible a-t-il commencé à accepter sa singularité, qu’on le voit déjà revendiquer haut et fort avec fierté sa faiblesse et sa fragilité ! Ah, l’être sensible, quel drôle d’énergumène. Un être de contrastes, un être de paradoxes.

Le voyage commence à peine pour cet explorateur parti à la reconquête de sa sensibilité. Car la sensibilité est sauvage et le voyage est long. Avec patience il va falloir l’apprivoiser, apprendre à la maîtriser, sans quoi l’acrobate encore maladroit risquera la chute et la blessure.

Ainsi je réapprends à écouter mon corps, mes sensations.

Dans ce lieu, le mal de dos refait surface ? Alors je quitte le lieu, et j’observe les changements. Je sens la colère qui monte si fort qu’elle me submerge ? Alors je tente de ne pas chuter inconsciemment d’un côté ou de l’autre.

Je cherche l’équilibre : ne pas réagir, ne pas refouler, observer, et voir ce qu’il se passe. L’émotion reste intense ? Alors j’attends, je sais que tout finit par passer. Cette émotion aussi passera.

Et surprise ! Lorsque je laisse la place au silence, à l’observation, lorsque j’apprends à équilibrer mes réactions, je sens émerger peu à peu de nouvelles perceptions. Subtiles, elles m’étaient invisibles auparavant, masquées par tout ce brouhaha que par ignorance je laissais résonner sous mon crâne. Ces sensations subtiles m’éclairent le monde sous un jour nouveau.

Je comprends de mieux en mieux les mécanismes qui animent mes interlocuteurs, je perçois avec plus d’acuité l’ambiance des lieux. Quelle joie, je deviens plus sensible ! Mais alors, de nouveau, il me faudra patienter, m’habituer. Car ces nouvelles perceptions, aussi subtiles soient-elles, s’ajoutent encore à toutes les autres et menacent ma stabilité à peine conquise !

La sensibilité : un fabuleux outil d’évolution

Puis un beau jour, l’individu sensible saisit la véritable puissance de l’outil qu’il avait lui-même si bien étouffé par ignorance, sous d’épaisses carapaces. Tu l’as peut être déjà compris : la sensibilité, c’est un puissant outil d’évolution, un formidable catalyseur de la prise de conscience !

La prise de conscience, justement permise par la perception d’un nouvel élément, se trouve facilitée par la sensibilité, par ce contact toujours étroit avec la réalité. La recherche infatigable de solutions à ses conflits internes, ces petits grains de sables intolérables pour l’être sensible, favorise précisément les avancées, les prises de conscience. La sensibilité pousse à l’ouverture de la conscience, et l’ouverture de la conscience amplifie la sensibilité. Chic !

Prise de conscience après prise de conscience, les conflits internes s’estompent, la maîtrise de la sensibilité s’approfondit. Je me sens moins fragile ! Me voilà prêt à accueillir de plus en plus les stimuli au lieu de m’en protéger ! Prêt à abandonner mes carapaces !

Et si la sensibilité, lorsqu’elle est gérée, ne fragilisait pas du tout ? Et si, au contraire, elle rendait fort ? Une carapace, c’est si rigide, si cassant. La sensibilité, fluide, flexible, ne peut rompre. Sous une carapace, tout est si mou, si fragile. La sensibilité, ouverte, réactive, s’adapte, s’ajuste.

Alors on comprend que l’on s’était trompé : la carapace n’est que l’illusion de la force. La force véritable, n’est-elle pas, justement, celle qui naît de la sensibilité ? La peur s’estompe.

Oh bien sûr, tout n’est pas encore parfaitement paisible dans la tête de l’être sensible. Les émotions sont toujours là, toujours intenses, toujours colorées. Mais il apprend petit à petit à se mettre en retrait.

La tempête se déchaine, des trombes de pensées révoltées s’abattent sur moi, lessivé. Mais, l’espace d’un instant, je prends de la hauteur. Oh, que l’abîme est profond lorsque je l’observe bien : quelle tristesse ! Pourtant, à cet instant, les vagues émotionnelles qui traversent le corps n’atteignent plus l’esprit qui, lui, reste serein, équilibré. Un espace se créé, les réactions s’adoucissent, et dans cet espace, la puissance peut se déployer.

Être sensible, c’est aussi être puissant

Lorsque je suis à l’écoute de ma sensibilité au lieu de la refouler, je suis guidé, avec précision, dans la direction de moi-même. Je suis amené, patiemment, vers celui que je suis vraiment. Le doute s’évapore et laisse place à la détermination.

Auparavant, impossible de mener un projet jusqu’au bout. Le doute me hantait. Écrire un livre ? Non… Qui pourrait bien être intéressé par ce qui se passe dans ma tête ? Un livre sur la sensibilité, le bonheur, l’absolu ? Non… Quelle incongruité !

Et puis, l’élan s’installe doucement. Si j’aime écrire, alors pourquoi ne pas me faire plaisir ? Si cela me fait du bien de poser sur le papier tous mes états d’âme si compliqués, pourquoi m’en empêcher ? Et même, si cela pouvait aider, inspirer, ou ne serait-ce qu’amuser ? Oui ! Si ce livre peut transmettre un message, s’il peut avoir un impact, alors je dois l’écrire.

Et me voici, tapotant frénétiquement sur le clavier, tel un petit enfant content. Lettre après lettre, jour après jour, poussé par une mystérieuse énergie cosmique d’inspiration. Je suis aligné, je me sens fort ! Ce livre verra le jour.

La sensibilité ! C’est tellement doux ! C’est la candeur, l’émerveillement. C’est la poésie, le bouillonnement. C’est la subtilité, la finesse. C’est la pureté, la sagesse. Que c’est beau !

Et tu sais, je vais t’avouer une dernière chose. Je crois même que la sensibilité, la sensibilité assumée et apprivoisée, celle des hommes et celle des femmes, et bien c’est l’avenir !

Voudrais-tu lire le livre complet ?

Page de présentation du livre
PDF
12 illustrations
170 pages (28000+ mots)
A5 (14.8 x 21 cm)

Ah, quel malheur ! Je suis si sensible, si vulnérable ! Mais que puis-je faire d’un corps si réactif ? Où est donc passé le mode d’emploi ? Être sensible, cela peut faire souffrir, n’est-ce pas ?

Pourtant, la sensibilité ne serait-elle pas, du même coup, un puissant outil d’évolution ? Un catalyseur de l’ouverture de conscience ? Une porte inattendue vers la vie spirituelle !

Alors, comment faire pour apprivoiser cette sensibilité ? Parviendrai-je un jour à reconquérir le bonheur perdu ? Et peut-être, même, à m’approcher de l’absolu ?


Article publié pour la pemière fois le 25 août 2016.

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