Projet de jardin-forêt expérimental en climat méditerranéen

Fin juin 2022, le jour de mon anniversaire, nous avons visité avec Hsiao une parcelle forestière à vendre, de 1,8 ha, dans le Gard. Suite à cette visite, la propriétaire, qui devriendrait notre voisine si la vente se concluait, m’a invité à décrire plus précisément notre projet si l’on s’installait sur ce terrain, pour qu’elle comprenne mieux ce que l’on a en tête.

Oui, car Hsiao travaillera sur un campus montpelliérain à partir de l’année prochaine. Nous avons donc lancé les recherches de terrain agricole ou forestier autour de Montpellier !

On rêve d’un terrain pas trop loin de la ville, où l’on pourrait installer un habitat léger et où je développerais un jardin-forêt expérimental…

Mais c’est quoi un jardin-forêt expérimental ?

C’est une petite forêt jardinée, une microferme, où l’on se plaît à explorer différentes associations de plantes, différents modes de conduite des arbres, différentes façons d’associer les animaux aux cultures, mais aussi différentes façons de manger la forêt, d’habiter la forêt, de développer l’autonomie, et même différentes façons d’accueillir des visiteurs.

Et pour en savoir encore plus, je partage ci-dessous le projet que j’ai envoyé à la propriétaire du terrain ! C’est assez détaillé, et je suis allé jusqu’au budget prévisionnel à 3 ans. Ce projet est adapté au spécificités de la parcelle, mais les grandes lignes devraient se montrer adaptées à d’autres terrains méditerranéens.

Au moment où j’écris cet article, nous n’avons pas de réponse de la propriétaire. Aussi, si vous avez une piste de terrain où l’on pourrait adapter et développer ce projet, n’hésitez pas à nous faire signe ! Toute suggestion pour améliorer le projet nous intéresse aussi ;-)

Enfin, j’espère que cette ébauche pourra vous inspirer, si vous aussi, vous souhaitez développer un jardin-forêt.

Bonne lecture !

Merci à mes relectrices, Claire spécialiste des forêts comestibles, Lucile éducatrice à l’environnement et permacultrice, et Morgane éleveuse de brebis.

1. Les 2 porteurs de projet

Lénaïc Pardon est le principal porteur du projet. Il est ingénieur agronome spécialisé en agroéconomie (2009), docteur en agriculture et environnement (2017). Il pratique la culture de légumes en amateur depuis enfant dans différents climats (continental, méditerranéen, subtropical : exemple à Taipei). Il a réalisé quelques stages agricoles : vaches laitières bio en France (2005), vaches laitières et petit élevage en Ukraine (2009), élevage équin en Angleterre (2010), maraîchage et fruitiers à Taiwan (2021). En 2022 il s’est formé à la construction d’écohabitats petits, légers et déplaçables en ossature bois et à la conception et la réalisation d’aménagements paysagers où les usages humains se combinent harmonieusement à l’écosystème. Il développe depuis quelques années un blog pour partager ses explorations et expérimentations. Ses expérimentations en cours incluent la collaboration avec des poules pour l’entretien d’un potager, l’exploration de modes de compostage du fumier humain, et la création de buttes de culture sur le modèle de l’agroforesterie successionnelle. Il sera présent sur le terrain environ 5 à 6 jours par semaine, et il sera à Montpellier le reste du temps (travail informatique, internet).

Hsiao-Hang Tao est co-porteuse du projet. Elle est docteur en écologie (2017), spécialiste en écologie théorique et en analyse statistique. Elle a suivi un Permaculture Design Course (2012), et a réalisé un stage de quelques semaines en maraîchage et fruitiers en climat subtropical à Taiwan (2021). Elle travaillera à Montpellier pendant au moins 3 ans à partir de septembre 2022 en tant que chercheuse et sera présente sur le terrain environ 2 à 3 jours par semaine.

2. Description du projet

2.1 Les motivations et objectifs

La principale motivation de cette installation est de prendre soin de la Terre, de vivre avec la nature.

Ce projet est donc simplement une proposition qui sera ajustée par ce que le terrain et la nature dicteront de faire.

Étant passionné de plantes et d’agroforesterie depuis petit, le fait de développer un jardin-forêt en combinant les strates et les synergies est une évidence pour moi. Étant aussi piloté par un esprit libre et curieux, il a été naturel d’imaginer un projet de microferme expérimentale pour me permettre à la fois de développer l’autonomie alimentaire, tout en expérimentant différentes techniques pour travailler avec la nature. Enfin, l’entraide et la coopération sont des traits importants de mon caractère et j’aurai toujours à cœur le partage des connaissances et le plaisir d’accueillir le visiteur de passage. Mon blog sera une plateforme idéale pour partager les résultats de mes recherches. Je pratique la méditation Vipassana et les retraites méditatives (lien vers le récit amusé de ma première retraite Vipassana), et depuis quelques années, je souhaite pouvoir offrir un lieu pour permettre à celles et ceux qui le souhaitent de réaliser des retraites méditatives dans la nature.

Par ailleurs, la vie citadine et le travail de bureau constituent des défis pour mon corps, et récemment la sédentarité et les pollutions électromagnétiques se sont montrés délétères pour ma santé. Au contraire, la vie au plus proche de la nature m’offre un contexte de vie et de travail bien plus adapté et dont je peux constater les bénéfices jusque dans le fonctionnement plus harmonieux de mon système digestif ! C’est donc aussi pour moi une simple question de santé, une injonction du corps, que de me focaliser sur le développement d’un projet au cœur même de la nature.

Il y a ainsi 3 aspects différents au projet : (1) atteindre l’autonomie alimentaire (au moins en fruits, fruits à coque, légumes, tubercules, œufs, etc.), (2) expérimenter et partager les résultats de mes expérimentations sous la forme de visites et de petits ebooks payants pour atteindre la viabilité financière, (3) accueillir des personnes souhaitant elles-aussi se ressourcer, méditer dans la nature, au cœur d’une forêt-comestible en échange d’une contribution sous la forme de dons.

2.2 Le terrain boisé de 1,8 ha

Le projet s’appuie sur une parcelle située dans le département du Gard en climat méditerranéen (~800-900 mm de précipitations annuelles, été chaud et sec, épisodes pluvieux importants à l’automne).

Il s’agit d’une parcelle forestière de 1,8 ha, accessible depuis une route départementale et longée par un sentier de petite randonnée sur ses côtés Nord et Est.

La parcelle est composée d’une partie basse de 8000 m2 relativement plate (~10%) à 80 m d’altitude et d’une partie de 10000 m2 plus raide (~25-30%) et montant jusqu’à une altitude de 120 m (dénivelé total ~40 m).

La pente est principalement orientée Est-Nord-Est.

2.3 Les 5 avantages offerts par le terrain

Les 5 principaux avantages du terrain sont (1) la topographie (pente + replat), (2) l’orientation majoritaire de la pente, (3) la présence d’un couvert végétal déjà dense et stratifié, (4) la présence d’un sentier longeant le terrain, et (5) la mitoyenneté avec un projet agricole déjà bien implanté.

(1) L’association d’une zone pentue avec une zone un peu plus plane à l’entrée du terrain nous donnera de nombreuses opportunités pour organiser la logistique (parking, stockage, etc. sur la partie plane), la gestion de l’eau (ex. possibilité de retenues collinaires) et la création et de microclimats en jouant sur la pente, l’exposition, etc.

(2) Dans ce climat chaud et sec en été, l’orientation de la pente est plutôt avantageuse pour limiter les radiations solaire dans l’après-midi.

(3) Le fait que la parcelle soit déjà complètement boisée est aussi un énorme avantage qui nous permettra d’observer la structure d’une forêt déjà établie dans ces conditions pédoclimatiques, de profiter de plantes comestibles déjà présentes, et de démarrer des plantations sous un soleil tamisé tout en bénéficiant de la biomasse déjà présente et élagable pour accélérer l’aggradation des sols.

(4) Le fait que la parcelle soit longée par un sentier pédestre constitue une opportunité élégante pour concevoir un projet orienté vers le partage des connaissances et l’hospitalité envers les voyageurs.

(5) Enfin, la parcelle est mitoyenne avec une ferme forestière mise en place depuis 13 ans, ce qui constitue un avantage non négligeable pour aider à comprendre rapidement le contexte pédoclimatique, le contexte socio-économique, en échangeant avec la porteuse du projet, et cela ouvre aussi des possibilités d’entraide, de mutualisation, d’échange, etc.

2.4 Les 4 défis liés au terrain

Les 4 principaux défis pour le projet sont (1) le climat sec et chaud en été, (2) le sol peu profond, (3) la présence importante d’animaux sauvages (sangliers, chevreuil, lapins, etc.), et (4) la pollution sonore due à la présence de la route départementale assez fréquentée à ~200 m du terrain.

(1, 2, 3) L’aridité du climat en été, le sol peu profond et la présence d’animaux sauvages peuvent mettre en péril le démarrage des jeunes plantations d’arbres. Les précipitations peuvent cependant être très importantes notamment à l’automne, ce qui constitue à la fois une autre difficulté si l’eau ruisselle et érode les sols et une opportunité si l’on peut réussir à retenir l’eau pour les périodes plus sèches. Le climat chaud et sec constitue aussi une menace en termes de risque d’incendie.

(4) Le bruit des voitures peut constituer un élément problématique pour l’accueil de personnes, notamment lorsque le silence est important dans le cas de la méditation par exemple. Mais le vent dans les épines des pins d’Alep, le crissement des cigales les jours d’été et le chant des oiseaux sont aussi des éléments sonores qui ont tendance à adoucir le bruit des moteurs, et l’augmentation de la biodiversité devrait permettre peu à peu de densifier ces sons naturels. Enfin, proposer des nuits en cabane pour les voyageurs ou les randonneurs pourrait constituer une option d’accueil alternative pour laquelle la pollution sonore serait moins critique.

C’est pourquoi les principaux objectifs de la première année du projet seront de (1) améliorer l’infiltration et le stockage de l’eau sur la parcelle, limiter l’évaporation par le maintien de la canopée, et limiter l’évaporation par le ralentissement des vents grâce à la densification d’un corridor de végétation entourant le terrain ; (2) stimuler l’aggradation des sols par l’élagage et l’apport de matière organique et de fumier extérieurs ou intérieurs (toilettes sèches, mini-troupeau) ; (3) vivre sur place et valider différentes stratégies de protection des jeunes plants pour limiter la prédation avant de se mettre à planter massivement ; (4) me renseigner sur les différentes méthodes naturelles pour la limitation des risques d’incendie et commencer à les mettre en œuvre (l’infiltration et le stockage d’eau vont déjà dans ce sens) ; et (5) identifier le mode d’accueil qui pourrait être le plus adapté au terrain, en recueillant les idées et ressentis des amis de passage.

2.5 Les 3 grandes phases du projet sur 10 ans

  • Autonomie et viabilité (années 1 à 3) : atteindre l’autonomie alimentaire et financière au bout de 3 ans, en se concentrant sur l’aggradation des sols et la focalisation sur une source de revenu : la vente de ebooks thématiques en ligne sur mon blog (www.elegantexperiments.net), pour un public francophone et anglophone.

  • Diversification des revenus (années 4 à 6) : diversifier les revenus par la vente de semences, de plants, et par l’accueil de méditants ou de randonneurs pendant 6-7 mois par an (période chaude, avril-octobre). Développer peu à peu un mini-troupeau polyspécifique d’une dizaine d’animaux.

  • Diversification des plantations (années 7 à 10) : accélérer les plantations grâce aux sols aggradés et à la présence sur le terrain de nombreux spécimens à multiplier, et élargir la diversité des plantes grâce à l’apparition de nouveaux microclimats.

3. Plan d’aménagement du jardin-forêt expérimental

Dans les grandes lignes, le projet a pour objectif clair de préserver complètement la vocation forestière de la parcelle.

L’idée est de mettre en œuvre des plantations, et même un micro-habitat léger, sans aucune artificialisation des sols, et sans même que cela ne puisse se voir de l’extérieur de la parcelle. Il s’agit de viser l’intégration la plus harmonieuse possible des usages humains dans la forêt, comme le serait une forêt jardinée au cœur de l’Amazonie ou en territoire Pygmées.

Le schéma ci-dessous représente la situation visée à long terme sur la parcelle. Cet aménagement ne sera mis en œuvre que petite touche après petite touche sur plusieurs années (voire décennies !), mais les toutes premières étapes du projet prépareront déjà à sa réalisation.

Schéma de l'aménagement de la parcelle de terrain de 1,8 ha. La parcelle contient une entrée boisée, un coeur de ferme, et 5 jardins-forêts séparés les uns des autres par des haies.

La parcelle contient (1) une entrée de 700 m2 recouverte de canopée, (2) un “cœur de ferme” en forme d’hexagone de 700 m2 aussi recouvert de canopée, et (3) 5 jardins-forêts de 2500 m2 chacuns. Tous ces éléments sont séparés par (4) 400 m de haies de diverses sortes, soit 1500 m2, et l’ensemble de la parcelle est entouré (5) d’un corridor de végétation endémique spontanée d’au moins 2 m de largeur et de 600 m de circonférence, soit au total 2500 m2.

(1) L’entrée du terrain permet d’accueillir potentiellement une quinzaine de voitures, de rassembler facilement un groupe de visiteurs, de faire pâturer quelques animaux, ou de stocker temporairement des matériaux, etc. Une canopée d’arbres protège cette zone (murier, pins d’Alep, chênes, arbousiers, etc.). Ils pourront être éventuellement sélectionnés, d’autres jeunes arbres plantés ou spontanés pourront à terme renouveler cette canopée. Tous ces arbres pourraient être conduits en haute-tige, afin de conserver la canopée tout en facilitant le passage et/ou le pâturage sous leurs branches.

(2) Le cœur de ferme est une autre zone sous une canopée d’arbres haute-tige. Il contient (a) un abri à outils, (b) des toilettes sèches compostés, (c) une cuisine d’extérieur, une (d) douche d’extérieur associée à une phytoépuration en cycle fermé pour que l’utilisation de l’eau soit minimale (recyclage et réutilisation de l’eau après passage dans un bassin de phytoépuration, un peu sur le principe du shower loop). Ces 4 espaces sont des constructions légères en ossature bois, sans fondations et déplaçables. L’eau de pluie est collectée au-dessus de chacune de ces constructions (~30 m2).

(3) Les 5 jardins-forêts sont indépendants les uns des autres, tous accessibles par le cœur de ferme. A terme, chaque jardin-forêt contiendra à une variété de plantes comestibles sur des buttes conduites suivant l’agroforesterie successionnelle situées entre les arbres endémiques (buttes et arbres non représentés sur le schéma), (e) au moins un bassin de rétention des eaux de pluie (autant que possible ombragé pour limiter l’évaporation et maintenir une masse fraiche en été), (f) une micro-habitation ou cabane de ~5 m2 pour une ou deux personnes (sans fondations, ossature bois, déplaçable), et (g) un abri de ~5 m2 pouvant servir d’étable pour un petit troupeau polyspécifique.

(4) Chacun des 5 jardins-forêts est délimité par une “clôture” expérimentale. Voici quelques exemples de “clôtures” à choisir en fonction des conditions locales : muret de pierres sèches, haie nourricière, bambous, haie vivante tressée ou plessée, haie spontanée endémique, rigole en ligne de niveau toujours en eau 6 mois par an, baissière, etc.). Ces haies permettront de renforcer le développement de différents microclimats, de garantir l’intimité et la proximité avec la nature pour un visiteur qui resterait dormir dans une des micro-maisons, de choisir d’ouvrir ou de limiter l’accès aux animaux sauvages pour chaque jardin-forêt indépendamment, et enfin de permettre la possibilité d’établir une rotation d’un petit troupeau polyspécifique extensif entre ces 5 zones.

(5) Le corridor de végétation spontanée ne sera que très peu entretenu, sauf pour d’éventuels élagages ponctuels si nécessaire. Il permettra le déplacement des animaux sauvages autour de la microferme, la séparation visuelle d’avec les parcelles attenantes, la réalisation de courbes dans l’aménagement pour adoucir les angles rudes et les droites imposés par la forme de la parcelle cadastrale, le maintien d’une zone de végétation endémique “témoin” (cette fameuse zone 5 en permaculture) importante comme source d’inspiration éternelle pour le jardinier contemplatif, mais aussi nécessaire pour réaliser des comparaisons scientifiques avec les expériences du jardin-forêt. Le corridor atteindra plutôt 4 m de large le long du sentier de petite randonnée, afin d’y installer une sorte de “haie de convivialité” (h) : des panneaux informatifs sur la flore locale, des baies comestibles sur le modèle des incroyables comestibles, et des toilettes sèches publiques (i). Outre leur aspect convivial, les toilettes sèches permettront, espérons-le, de collecter du fumier humain localement pour accélérer l’aggradation des sols !

4. Plantes, animaux, visiteurs et modes de conduite

Excepté les aménagements et terrassements ponctuels faits à l’aide d’une minipelle, la plupart des travaux seront réalisés à l’aide d’outils manuels et à l’aide du travail que les animaux fournissent spontanément (ex. les poules préparent le sol avant plantation, les brebis “tondent” le sous-bois, élaguent les branches basses, accélèrent le recyclage des branchages élagués, etc.).

Je présente dans cette section le choix des essences à implanter, la façon de les implanter soit en haies soit en buttes rondes, les raisons et la façon de développer petit à petit un mini-troupeau polyspécifique, et les premières idées de modalités d’accueil de visiteurs sur la ferme.

4.1 Le choix des essences et la chronologie d’implantation

Dans un premier temps, au moins la première année, il s’agira d’identifier les essences intéressantes déjà naturellement présentes sur le terrain et de faciliter leur développement (ex. pin d’Alep pour la canopée, chênes, arbousier, genévrier cade, romarin, etc.). Cela permettra d’éviter de détruire une population végétale qui fournit déjà de nombreux services tout en étant tout à fait adaptée aux conditions locales. Maintenir et renforcer les espèces endémiques permettra ainsi de gagner du temps et de maintenir et renforcer la résilience de la forêt, étape utile avant d’essayer d’implanter des essences moins adaptées. Dans un deuxième temps (années 2 à 6) il s’agira de diversifier les espèces végétales en implantant des espèces non endémiques, mais tout à fait adaptées au climat méditerranéen et pouvant commencer leur croissance dans des conditions idéales, c’est-à-dire sur un sol aggradé et sous une lumière tamisée par la canopée à la fois dense mais élagable si besoin (ex. néflier, aloe vera, agave, figuier, figuier de barbarie, amandier, pacanier, lavande, etc.).

Dans un troisième temps (année 7 et suivantes) des microclimats plus variés devraient s’être développés grâce aux bassins de rétention d’eau, aux 1000 mètres de haies, et au développement des essences méditerranéennes non endémiques. Ainsi il devrait être possible d’essayer d’acclimater des essences normalement un peu moins à adaptées au climat méditerranéen, comme par exemple des essences plus continentales ou subtropicales (ex. bambou géant, saule des vanniers, bananier, palmier dattier, fruits du dragon, taro rustique, gingembre, igname de chine, etc.).

Certaines implantations pourront alors être risquées, mais il sera plus raisonnable de prendre ce risque à ce moment-là plutôt qu’au début, et même des échecs pourront alors être partagés avantageusement en tant que résultats d’expérimentations. Dans le contexte du changement climatique, il pourra notamment être intéressant de tenter l’implantation d’espèces adaptées aux climats plus arides.

Le choix des essences à implanter se portera sur des variétés pouvant avoir différents usages : un usage alimentaire, mais aussi un usage médicinal, énergétique (bois énergie) ou encore un usage artisanal (bois d’œuvre, vannerie, cordage, etc.). L’idée sera d’arriver à étaler au maximum la période de récolte pour éviter les pointes de travail et réduire les besoins en stockage de nourriture. Enfin, l’objectif sera de préférer les semences et les plantes libres et facilement reproductibles.

4.2 Implantation en haies

Pour le corridor de 600 mètres linéaires entourant la microferme, il s’agira de laisser la végétation se développer, tout en vérifiant de temps en temps si des élagages sont souhaitables.

Les 400 mètres linéaires de haies sont des éléments importants dans l’aménagement de ce projet, notamment car elles dessinent les différents espaces de la microferme. Il semble donc logique de considérer leur implantation comme une priorité les premières années. Mais la préparation du sol, la plantation et la protection des jeunes plants sur plusieurs dizaines ou centaines de mètres peut constituer une charge de travail et un investissement très conséquents.

Il semble donc raisonnable de commencer par tracer et implanter une haie autour d’un seul des 5 jardins-forêts au cours des 2 premières années. Cela permettra de réduire le travail nécessaire, de tester et valider les techniques les plus adaptées, et de préparer ainsi un premier espace où installer notre microhabitat. Le travail de préparation du sol pourra par exemple être réalisé à l’aide d’une minipelle, et complété par un chantier participatif pour la plantation.

4.3 Implantation en buttes d’agroforesterie successionnelle

Mis à part les haies, j’envisage d’implanter les végétaux par guildes, en buttes rondes de 1,2 m de diamètre, surélevées d’au moins 50 cm. Chaque butte consistera en une unité de plantation très densément plantée : 3-6 arbres/arbustes/buisson, 3-6 légumes pérennes, et une quarantaine de légumes annuels à récolter de façon échelonnée. Ce système de butte est inspiré des techniques de restauration de Miyawaki pour favoriser une croissance de la forêt jusqu’à 10 fois plus rapide que lorsque les plantations sont faites sans préparation préalable du sol (points clés : préparer un sol décompacté et riche en matière organique sur 50 cm d’épaisseur, et planter densément, c’est-à-dire 3 arbres/m2 en climat tempéré) et les techniques de l’agroforesterie successionnelle de Ernst Gotsch pour le choix des plantes (planter au même endroit plantes pérennes, et plantes annuelles pour échelonner les récoltes sur plusieurs années, planter très dense puis élaguer pour capter les rayons du soleil, limiter la croissance des adventices et stimuler la formation du d’humus). Le diamètre de 1,2 m permet d’accéder au centre de la butte sans jamais avoir besoin de marcher dessus, et la surélévation de 50 cm, par exemple à l’aide d’un muret de pierres sèches, devrait permettre de limiter la prédation en rendant les jeunes plants moins accessibles aux animaux.

Après avoir déterminé un endroit pour implanter une butte, j’élaguerai sommairement la zone et j’installerai un petit poulailler mobile pour 3 poules. Je laisserai les poules pâturer la zone tous les matins pendant environ 1 semaine. Je déplacerai ensuite le poulailler sur une deuxième zone à implanter, et pendant que les poules commenceront à préparer le sol dans cette future zone, je finaliserai la préparation du sol dans la première zone. Pour cela, je retirerai le premier horizon du sol ameubli et enrichi par les poules, je décompacterai les horizons inférieurs sur 20 cm à l’aide d’une grelinette, je préparerai le nouvel horizon supérieur en combinant le premier horizon mis de côté avec de la matière organique collectée ailleurs sur le terrain, du fumier et du compost si possible, etc. Soit par couches, soit simplement en mélangeant les différents éléments, mais avec l’objectif d’obtenir une butte d’au moins 50 cm de sol très riche capable de retenir l’eau, de fournir une abondance de nutriments aux plantes, et déjà inoculée de mycélium forestier. Enfin, je planterai un ensemble de plantes fonctionnant en synergie, permettant une utilisation complémentaire des ressources, et fournissant des récoltes échelonnées sur plusieurs années. Au total j’estime à 3-4 jours le travail pour préparer les plants en amont, faire l’élagage sommaire, préparer la butte, construire le muret en pierres sèches et planter, le tout à l’aide d’outils manuels uniquement. Cela peut paraître très inefficace pour obtenir finalement une si petite surface plantée de 1,1 m2. Mais l’idée est de soigner le travail de préparation et de protection pour favoriser au mieux le développement de la guilde, et de préparer de cette façon plusieurs années ou même décennies de récoltes (ex. si la guilde est constituée autour d’un amandier ou d’un néflier qui produiront des fruits), tout en réduisant le travail futur à un travail de récolte des légumes annuels et d’élagage. En effet, les risques de prédation seront limités par le muret, les adventices seront ralenties par les légumes annuels plantés serrés, les besoins en arrosage seront minimisés grâce à la quantité importante de matière organique, etc.

Pour l’arrosage à la plantation, qui pourra quelques-fois être nécessaire, j’imagine un arrosage manuel à l’arrosoir, en puisant l’eau dans le bassin de rétention le plus proche. Un arrosage gravitaire pourrait aussi être envisagé, éventuellement au goutte-à-goutte depuis un bassin de rétention en amont (gravitaire, donc sans pompe). Mais dans l’idéal, je préférerais limiter au maximum l’arrosage, voire stopper les plantations pendant les mois les plus secs, ce qui est plus facile à réaliser dans le cadre d’une auto-production que dans le cadre d’une production maraîchère destinée à la vente.

Par ailleurs, le fait de surélever les buttes permettra de les protéger de potentiels animaux domestiques, et de définir une limite claire pour les visiteurs amenés à se déplacer dans cette forêt. Enfin, implanter les buttes les unes après les autres, au rythme d’une butte par semaine (~ 40 buttes par an si je prends des congés !) permettra d’étaler la charge de travail sur l’année, et d’affiner la technique semaine après semaine, en fonction des essai-erreurs.

Les deux risques principaux auxquels je pense concernant ce système de buttes sont : (1) le risque d’asséchement de la butte pendant l’été étant donné qu’elle est surélevée (s’inspirer des buttes semi-enterrées de Philip Forrer pourrait s’avérer plus efficace), et (2) le risque qu’un muret de 50 cm de haut ne soit pas assez pour protéger les plants de la prédation par les chevreuils ou les petits animaux comme les lapins (auquel cas des bordures en bambous tressés, ou même des filets amovibles, pourraient être des options alternatives à tester).

4.4 Un mini-troupeau polyspécifique pour m’assister dans la gestion forestière

J’envisage de constituer graduellement un petit troupeau polyspécifique : 3 poules assez rapidement, pour leur grande aide dans la préparation du sol avant la plantation, pour la régulation des populations de gastéropodes et d’insectes, et pour la production d’œufs ; 2-3 brebis pour leur grande aide dans l’entretien des allées, l’accélération de la décomposition des branches d’élagage par écorçage, pour la laine et éventuellement le lait ; et 3 porcs pour leur grande aide dans la préparation du sol. L’objectif serait d’accueillir des races locales adaptées au climat et/ou des races petites ou naines pour s’assurer que la disponibilité en fourrage est suffisante et limiter le risque de prédation sur les buttes.

Tous ces animaux produisent aussi du fumier, qui peut grandement faciliter le travail d’apport de fertilité lors de la préparation des buttes. Le fumier permettra notamment l’apport d’azote pour équilibrer les apports principalement carbonés issus du mulch de feuilles mortes que je collecterai sur le sol de la forêt. Je trouve aussi que les animaux procurent une sensation très particulière lorsqu’ils nous entourent directement, comme cela sera le cas si, par exemple, des visiteurs viennent passer une nuit en cabane dans un des 5 jardins-forêts dans lequel pacage justement le petit troupeau.

Le fait d’intégrer les animaux au système de jardin-forêt n’est pas très courant, étant donné l’apparente compétition entre les jeunes plantes et les animaux. Pourtant, je pense que c’est un élément clé du projet, pour tester jusqu’à quel point il serait possible de reproduire ce que fait la nature, où les animaux ne sont pas séparés de la forêt, mais où ils jouent au contraire divers rôles, depuis le transfert de fertilité jusqu’à la régulation d’espèces d’insectes ou végétales.

Les principaux défis amenés par la présence d’un petit troupeau sont : (1) de manquer de fourrage en période estivale ou hivernale, (2) de manquer d’eau en période estivale, (3) de ne pas arriver à protéger efficacement les buttes surélevées ou les haies contre la prédation, (4) la contrainte de présence en continu sur le terrain pour prendre soin des animaux.

Je pense qu’une façon raisonnable d’aborder ces défis est de bien observer le comportement des animaux sauvages déjà présents dans la forêt, et d’introduire des animaux d’élevage de façon graduelle, pour envisager et tester des solutions au fur et à mesure que les problèmes se présentent. Il me semble par exemple assez clair que je commencerai par accueillir 3 poules, car j’ai déjà acquis de l’expérience dans l’élevage de poules, qu’elles ne nécessitent pas d’enclore la parcelle car elles ne devraient pas s’éloigner plus loin que les limites de la parcelle, qu’elles apportent des protéines très intéressantes dans un jardin-forêt, et que leur travail dans la préparation du sol peut être très utile.

4.5 L’accueil convivial de visiteurs : partager les connaissances et boucler les cycles

Dans un premier temps (~ année 1), je souhaiterai aménager sommairement le côté Nord du terrain longé par le sentier pédestre. Cela permettra de commencer à me familiariser avec le partage de connaissances sans pour autant avoir besoin d’organiser des visites, au moment où je serai très occupé par les premières étapes d’observation, de terrassement, d’installation d’une microhabitation et de plantation de haies.

Dans un deuxième temps (~ années 2-3), il pourra devenir spontané de commencer à accueillir des visiteurs dans la ferme, qui pourraient être intéressés notamment par la découverte des plantes sauvages comestibles, ou du travail préparatoire de “design” et de terrassement d’un jardin-forêt méditerranéen.

Dans un troisième temps (~ années 3-4), lorsque j’aurai créé plusieurs centaines de mètres de haies, plusieurs dizaines de buttes, il deviendra intéressant pour des visiteurs de venir récolter eux-mêmes certains fruits ou baies, pique-niquer un après-midi sous les arbres, suivre une visite commentée du jardin-forêt, ou écouter une audition de musique classique dans le cœur de ferme sous la canopée…

Enfin, lorsque les haies entoureront plus ou moins complètement les 5 jardins-forêts (~ années 5-10), il deviendra naturel de vouloir inviter certains visiteurs ou randonneurs à passer une nuit en cabane. Cela nécessitera néanmoins d’avoir mis en place des systèmes efficaces pour la limitation des risques d’incendie, pour la cuisine et les sanitaires, et d’avoir eu le temps de construire les micro-habitats ou cabanes. Sans parler des questions légales à résoudre en temps voulu !

J’imagine pouvoir construire une micro-maison par an, à partir des années 4 ou 5, après avoir atteint une viabilité financière en me concentrant sur une source de revenu. Commencer trop tôt à diversifier mes activités risquerait de me disperser et de m’épuiser, comme j’ai déjà pu l’expérimenter dans différentes situations par le passé. Je pourrai ré-utiliser mes compétences acquises pour la construction de mini-ossatures bois, pour la construction de structures en bambou récoltés dans le jardin-forêt, et je souhaiterais aussi expérimenter l’architecture végétale vivante (habitarbres, arbres tressés, etc.), inspiré par l’architecte Luc Schuiten. Le fait d’envisager d’accueillir pour des nuits en cabanes uniquement pendant la période chaude permet aussi de simplifier grandement le projet : des micro-habitats peu isolés thermiquement et sans système de chauffage sont suffisants, de même que des sanitaires et cuisine d’extérieur.

Un aspect particulier qui me tient à cœur dans l’idée d’accueil, c’est la possibilité de proposer des toilettes sèches pour collecter les déjections des visiteurs et randonneurs de passage. Cela permettrait de booster l’aggradation des sols en mettant à ma disposition une ressource riche directement “déposée” sur la microferme. Les visiteurs pourraient venir pour récolter des baies, ils pourraient se servir dans le jardin-forêt lors d’une nuit en cabane, mais ils laisseraient alors en remerciement à la forêt leurs grosses ou petites commissions, bouclant ainsi les cycles des nutriments de façon simple et élégante, comme cela aurait toujours dû l’être !

5. Stratégie de développement (années 1 à 3)

5.1 Année 1 : Observation, aggradation du sol, premières plantations

La première année, je me concentrerai sur (1) l’observation, (2) la prise de contact avec le voisinage au sens large, (3) je réaliserai des travaux de terrassement pour optimiser les flux hydriques, (4) je commencerai un élagage et un apport de fumier pour accélérer l’aggradation des sols, (5) je testerai différentes stratégies pour protéger les jeunes plants de la prédation, et (6) j’installerai un micro-habitat léger et autonome.

(1) Observation de la flore (plantes endémiques comestibles, plantes bio-indicatrices), faune (ex. localisation des coulées, c’est-à-dire les itinéraires préférés des animaux sauvages), sol (identification des principaux types de sol, localisation des lieux riches en argile potentiellement utile comme matériau de construction ou pour l’étanchéification de bassins), climat (installation d’une station météo minimaliste, identification des potentiels points de ruissellement, cruciaux dans ce contexte où les étés sont chauds et secs et les précipitations sont importants à l’automne).

(2) Prise de contact avec le contexte social et identification d’opportunités d’entraide et d’échange de matières et de services (exploitations voisines, passage du chemin de petite randonnée le long du terrain, etc.).

(3) Après observation des dynamiques hydriques durant l’automne 2022, éventuels terrassements minimalistes à la fin de l’hiver 2023 pour favoriser l’infiltration et le stockage des eaux pluviales sur la parcelle tout en préservant un maximum de végétation et d’arbres et en essayant de prendre en compte les itinéraires des animaux, guidé notamment par les principes keyline et les connaissances sur l’eau récemment popularisées par The Water Conference (ex. importance du mouvement tourbillonnaire, rôle des formes géométriques, etc.). Réalisation de rigoles, terrasses, bassins, zones planes, en fonction des situations. Location d’une minipelle sur chenilles de 1 tonne, 1 m de large pour passer entre les arbres, pendant 5 jours, puis 5 jours de travail manuel de ratissage pour finaliser les terrassements et extraire les pierres mises à jour. Après observation des nouveaux flux hydriques au moment des précipitations du printemps 2023, éventuel travail de terrassement à l’été 2023 pour affiner ou corriger les aménagements (5 jours de minipelle + 5 jours de manutention). C’est au cours de ces deux périodes de terrassement que j’utiliserai la minipelle pour préparer l’implantation de la haie entourant une première zone de forêt-jardin pour y installer notre micro-habitat.

(4) Élagage des arbres en continu, petit à petit, sur l’année 2022-2023. La biomasse élaguée sera restituée au sol. Cela permettra d’enrichir le sol en matière organique et en minéraux en provenance des couches plus profonds, de stimuler ainsi le développement fongique et des micro-organismes, et d’augmenter l’épaisseur de matière organique pour le stockage de l’eau. Cet élagage a aussi pour effet de stimuler la production végétale et la croissance racinaire et donc de renforcer la production de biomasse et la résilience de l’écosystème par le développement du réseau racinaire et l’augmentation des effets d’entraide entre les végétaux par échange de nutriments. Bien sûr, cet élagage permettra aussi de faire apparaître quelques trouées pour préparer l’implantation de nouvelles buttes de végétaux comestibles.

(5) Tester des protections des plantes contre les animaux. Pour cela, commencer par tester les buttes surélevées densément plantées.

(6) Mise en place d’un premier habitat léger en ossature bois, intégré au paysage, petit, déplaçable et autonome (< 20 m2 au sol, récupération et filtration des eaux de pluie petit panneau solaire pour le téléphone, l’ordinateur et quelques outils électroportatifs fonctionnant sur batterie 18V, pas d’internet au début). Cette écoconstruction sera utilisée par les porteurs de projets et se situera donc dans l’un des 5 jardins-forêts.

5.2 Année 2 : Test de modèle économique

Lors de la deuxième année, je me concentrerai sur le test de différentes façons d’atteindre l’autonomie financière. Mon principal objectif est la vente de ebooks thématiques sur mon blog (ex. flore sauvage comestible en garrigue gardoise, terrassements minimalistes dans une forêt pour optimiser le stockage de l’eau, mise en place de buttes surélevée pour protéger les guildes d’un jardin-forêt de la prédation, focus sur un exemple de guilde à implanter en méditerranée et des synergies utilisées, etc.).

Mon blog est visité actuellement par ~3000 visiteurs/mois (+50% par an), et environ 130 personnes sont abonnées à ma newsletter (+ 2 à 3 nouveaux abonnés par mois). Au fil des articles j’ai acquis une certaine expérience dans la rédaction et la publication d’articles de blog. Profiter de cette audience et de mon expérience me paraît être une bonne stratégie pour partager les expériences du jardin-forêt. J’ai aussi commencé quelques expériences de monétisation qui me montrent qu’un ebook d’une dizaine de pages bien documenté sur un sujet précis pourrait se vendre à une valeur de 4 euros.

Au cours de cette année, continuer la mise en œuvre du plan d’aménagement et la plantations de haies et de buttes surélevée me permettra d’avoir toujours de nouvelles expérimentations et témoignages à partager avec mes lecteurs, ce qui mettra en synergie le développement de la ferme et la vente des ebooks. D’autres sources de revenus pourraient être testées en parallèle à ce moment-là, comme par exemple le parrainage sur des plateformes comme Tipeee.

Si le marché des connaissances sous format digital ne se montre pas porteur, je pourrai commencer à tester des activités alternatives. Les activités qui m’intéressent le plus et qui me semblent les plus réalistes seraient du côté des plantes à parfum, médicinales et aromatiques (culture de champignons médicinaux sous la canopée, récolte séchage et pulvérisation de plantes sauvages, etc.). La valeur ajoutée par unité de masse est élevée, il est possible de vendre de façon différée si les plantes ou les champignons sont séchées, et il est possible de vendre à distance ce qui pourrait être une option en connectant cette activité à mon blog. Enfin, la porteuse de projet en parcelle mitoyenne pourrait partager avec moi ses 13 ans d’expériences dans la production de plantes aromatiques. Par contre, une telle option nécessiterait la construction et/ou l’investissement dans une série d’outils de production (séchoir solaire, moulin manuel à meule de pierre, sachets hermétiques en papier kraft, étiquettes) et de développer une filière d’écoulement de la production.

5.3 Année 3 : Spécialisation dans une source de revenu

La seconde année m’aura dans l’idéal permis de tester différents modèles économiques et d’en choisir un. L’objectif de la troisième année sera de ne conserver que le modèle qui fonctionne le mieux afin de gagner en efficacité et d’éviter le dispersement. Si les ebooks vendus en ligne s’avèrent fonctionner, je pourrai alors continuer la mise en œuvre des expérimentations dans la microferme, et partager ces expériences dans de nouvelles publications. Un des intérêts de ce type de modèle économique est le fait que les publications constituent une sorte de rente, un capital, car elles sont écrites une seule fois, mais peuvent continuer à être vendues année après année tant qu’elles sont pertinentes. Un peu sur le modèle d’une butte de culture préparée avec amour une seule fois, mais qui produit des fruits sur plusieurs années.

Durant cette année, si des opportunités se présentent pour essayer d’implanter déjà des essences plus risquées, pour commencer à accueillir des voyageurs en tente, pour commencer à vendre des semences ou des plants, je pourrai saisir les opportunités, mais plutôt comme des signaux intéressants pour une diversification future, en restant fermement concentré sur la source de revenu à renforcer.

D’après mes expériences passées de rédaction d’articles de blog, je devrais ainsi pouvoir atteindre durant cette année 3 la vitesse de croisière d’environ un ebook toutes les 2 ou 3 semaines (chaque ebook fondé sur mes propres expériences de terrain uniques, mais aussi bien documenté, et en deux langues : anglais et français). Ce qui correspondrait à environ une quinzaine de ebooks par an vendus 4 euros l’un (si je prends deux mois de congés au total par an).

5.4 Budget prévisionnel

J’ai réalisé ci-dessous une première analyse financière sommaire du projet pour les 3 premières années, afin de donner une idée de sa faisabilité.

En résumé, il semble réaliste d’arriver à un retour sur investissement complet avant la fin de la 3 ème année. A ce moment-là, le revenu net serait de 1100 euros par mois ce qui sera trop faible pour 2 personnes, mais un rapide calcul montre que selon ces hypothèses il semble réaliste d’atteindre un revenu de 2000 euros net par mois en fin d’année 4, du fait de la capitalisation des ebooks couplée à l’augmentation linéaire des visites du blog.

Sections Postes Année 1 Année 2 Année 3
(1) Investissements –– 18700 1100 1100
Achat terrain (y compris frais de bornage et frais de notaire) 8000 0 0
Terrassements (minipelle 1t, 10 jours, 250 euros/jour). Source : https://www.loxam.fr/p/minipelle-1t/057-0001-010742 2500 0 0
Microhabitation (coût des matériaux) 3000 0 0
Remorque (1,8 x 3 m) 3000 0 0
Plants et semences 1000 1000 1000
Poules 100 0 0
Fumier, etc. 100 100 100
Outils divers 1000 0 0
(2) Charges mensuelles –– 1700 1700 1700
Assurance (habitation, remorque, voiture) 500 500 500
Hébergement web 200 200 200
Carburant 1000 1000 1000
(3) Chiffre d’affaires (y compris aliments autoconsommés) –– 4200 7000 17600
Autoconsommation aliments (équivalent à 300 euros/mois, pour 2 personnes) 3600 3600 3600
Nombre d’abonnés newsletter 200 400 1000
Nombre de ebooks écrits (10 pages, 4 euros l’un) 5 5 + 10 5 + 10 + 15
Chiffre d’affaires vente ebooks (calcul à la louche pour avoir un ordre de grandeur réaliste : 10% des lecteurs achètent tous les ebooks) 400 2400 12000
Dons, prix libre (visites commentées, petits surplus d’aliments) 200 1000 2000
(4) Rentabilité intrinsèque (chiffre d’affaires – investissements - dépenses + rentabilité année précédente) –– -16200 -12000 2800
(5) Taxes (ne prend pas en compte aliments autoconsommés et dons/prix libre) –– 550 800 2100
Taxe foncière (estimation) 500 500 500
Impôt sur le revenu (13%, microentreprise vente ebooks) 50 300 1600
(6) Revenu net (y compris aliments autoconsommés et dons/prix libre) –– -16750 -12800 700

L’investissement initial comporte principalement l’achat du terrain (~8000 euros), les terrassements (~2500 euros), la construction d’une microhabitation (~3000 euros), l’achat d’une remorque pour transporter matériaux, microhabitations, matière végétale, etc. (~3000 euros) et les plants, semences, outils divers etc. (~2000 euros).

Je fais l’hypothèse que je me focalise sur la vente de ebooks en tant que microentrepreneur (13% d’impôt), en estimant la rédaction de ebooks bien documentés, de 10 pages, vendus à 4 euros l’un, et en considérant que j’ai déjà mon blog comme plateforme de distribution et de commercialisation, et ma newsletter comme moyen de promotion. Je compte aussi en tant que revenu les potentiels dons versés par les visiteurs de la ferme, et la valeur monétaire des aliments produits sur la ferme et autoconsommés puisque cela correspond factuellement à une moindre dépense en aliments (~300 euros/mois pour 2 personnes).

Le fait de déjà avoir un système de commercialisation et de promotion qui tourne favorise le démarrage du projet. Le fait qu’une des porteurs de projet ait un salaire assuré pendant cette période de 3 ans est aussi un aspect déterminant pour favoriser la réussite du projet.

Enfin, il est intéressant de noter qu’en cas de problème et si une revente devait se faire, la valeur foncière du terrain devrait se maintenir vu les tendances actuelles et même être augmentée du fait du travail de terrassement, et la valeur du capital végétal devrait avoir augmenté grâce aux premières plantations. Les autres investissements dans la microhabitation, la remorque et les outils pourraient être facilement récupérés et déplacés ailleurs, ou bien revendus mais à une valeur plus faible que la valeur d’achat.

Chère lectrice, cher lecteur, j’espère que la lecture de ce projet ce sera montrée inspirante !

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