Cultiver un micro-potager avec des techniques très simples

Je décris ici les activités que nous réalisons pour cultiver notre minuscule potager de 3,5 m2 qui se trouve sur le toit de notre immeuble. Nos principaux objectifs sont de maximiser la production de biomasse, maximiser la diversité écologique, tout en utilisant des techniques et des connaissances aussi simples que possible.

Il se trouve que notre démarche correspond plus ou moins à de la micro-agriculture biointensive.

Je présente les principales tâches que nous effectuons pour prendre soin de notre potager, la façon dont nous les réalisons et les raisons pour lesquelles nous le faisons de cette façon. Une telle liste d’activités agricoles ou de jardinage peut être appelée un itinéraire technique.

De simples outils

Nous utilisons un ensemble d’outils très simples pour entretenir notre petit jardin.

  • Griffe ou sarcloir. Pour décompacter le sol, briser les agrégats ou enlever les racines robustes.
  • Pelle ou transplantoir. Pour déplacer la terre ou creuser des trous, pour semer des graines ou repiquer des plants.
  • Récipient plat. Pour stocker nos déchets alimentaires avant de les apporter sur le toit.
  • Ficelle. Nous l’utilisons pour attacher les plantes à des tuteurs, comme les plants de tomates.
  • Ciseaux. Pour couper les déchets alimentaires en petits morceaux, couper la ficelle, tailler les plantes ou récolter des feuilles.
  • Gants. On peut s’en passer, mais ils sont bien utiles quand il fait froid ou quand on a la peau sensible.
Photo du jeu d'outils simples que nous utilisons pour entretenir notre potager sur le toit : griffe, pelle, récipient plat pour les déchets alimentaires, ficelle, ciseaux, gants.

Choix des plantes et répartition spatiale

On peut prendre en compte de nombreux aspects lorsqu’on se demande quelles plantes cultiver et comment les organiser dans l’espace et dans le temps.

Par exemple, on peut organiser un jardin en permaculture en suivant des principes de conception. Notamment, une stratégie importante à intégrer dans la conception d’un potager peut être la notion de culture associée. C’est-à-dire, mettre ensemble des plantes qui peuvent pousser en synergie, car elles utilisent des nutriments différents ; elles trouvent leurs ressources à des profondeurs de sol différentes ; elles attirent des insectes bénéfiques pour la plante compagne, ou au contraire, repoussent des insectes nuisibles à la plante compagne, etc.

Bien que je trouve ces interactions passionnantes, je dois dire que ce concept d’association de plantes me donne des maux de tête. J’ai tendance à être perfectionniste et dès que je commence à imaginer un beau jardin avec des associations de plantes bénéfiques, mon cerveau bogue face à une telle complexité, et je finis par ne rien faire du tout.

C’est pourquoi, ici, nous n’avons intentionnellement rien planifié avant de commencer. Pour un petit potager comme celui-ci, la conception est de toute façon moins cruciale que pour une grande ferme de permaculture. Nous avons plutôt décidé de donner plus de poids à l’apprentissage par l’observation, qui est d’ailleurs une autre stratégie importante en permaculture.

Oh, un fait amusant avant de commencer : sans planification, notre potager a une allure un peu sauvage. Cela ne nous dérange pas, nous trouvons cela poétique et bucolique. Un jour, cependant, je me suis rendu compte que quelqu’un avait marché sur le jardin et brisé quelques plantes au passage ! En plus d’être surprenant, car il n’y a rien de très intéressant à faire en marchant sur ce potager, c’était aussi une confirmation inattendue que notre style de jardinage a un air très naturel. Cette personne n’avait manifestement pas réalisé qu’il s’agissait bel et bien d’un potager.

C’est l’un des risques de cultiver de façon naturelle, n’est-ce pas ? Afin d’éviter de telles mésaventures à l’avenir, j’ai installé quelques bâtons de bambou pour créer une mini-clôture. S’il n’est pas clair pour certaines personnes que cet endroit est une station de recherche agricole très sérieuse, ai-je pensé, une barrière devrait être un concept plus largement reconnu. Cela semble avoir fonctionné jusqu’à présent !

Photo de la petite barrière faite de bâtons de bambou dans notre petit potager urbain sur le toit.

Voyons maintenant comment on choisit nos plantes et comment on les organise dans l’espace, sans planification.

Choix des plantes : faire pousser tout ce qu’on trouve

En ce qui concerne le choix des plantes, nous essayons de maximiser la diversité écologique.

Lorsque nous avons installé le jardin en août 2020, nous avons acheté quelques plants d’épinards, de laitue et de choux. Nous avons semé des graines que nous avions récoltées sur des légumes frais, comme des graines de courge. Nous avons trouvé de nombreuses sortes de graines locales sur un marché d’échange de graines bios. Nous avons fait germer des graines que nous avions achetées comme aliments, comme des haricots rouges du Japon, des pois chiches et du souchet. Nous avons planté des tubercules ou des bulbes qui germaient spontanément dans notre frigo, comme du gingembre, du curcuma et de l’ail. Nous avons aussi essayé de planter directement certaines parties végétales comme la tête d’un ananas ou la tête d’un gros radis blanc. Nous avons essayé le bouturage pour propager le basilic et les feuilles de patate douce. Et après quelques mois, les graines de tomates et de courges provenant de nos déchets alimentaires commencent à germer spontanément.

Comme vous pouvez le constater, dès que nous voyons quelque chose, nous essayons de le faire pousser.

Une tendance, cependant, consiste à privilégier les plantes pérennes aux plantes annuelles lorsque cela est possible. Celles-ci développeront des systèmes racinaires plus importants, elles auront tendance à produire une plus grande quantité de biomasse, et elles épargnent le travail préparatoire et répétitif de la germination, et ainsi de suite.

Parallèlement, nous essayons de conserver les plantes sauvages qui poussent spontanément. C’est une partie très importante de notre itinéraire technique : observer ce qui pousse naturellement. Puis, identifier de quelle espèce il s’agit et rechercher les utilisations potentielles que nous pouvons en faire.

Par exemple, nous avons quelques “mauvaises herbes” comestibles, comme cette cardamine de la famille des choux (Brassicacées), qui a un goût de roquette !

D’autres plantes spontanées peuvent avoir des propriétés médicinales ou d’autres propriétés bénéfiques. Nous allons les identifier au cours des prochains mois…

Répartition spatiale des plantes : privilégier une haute densité de plantes

En termes de localisation des plantes, nous essayons de maximiser la production de biomasse.

L’idée de base est de recueillir le plus possible de rayons de soleil. Pour cela, nous plantons beaucoup pour que le sol soit complètement recouvert de feuillage. Sur l’une de nos deux parcelles, nous avons aussi ajouté une structure en bambou pour faire pousser deux couches supplémentaires de végétation au-dessus de la couche basse.

Photo de notre petit jardin sur le toit montrant le treillis de bambou pour soutenir 3 couches de végétation.

Une canopée trop dense peut réduire la croissance des plantes des niveaux inférieurs. Mais ce n’est pas grave. Si nous atteignons cette situation, cela signifiera que nous aurons effectivement atteint un maximum où nous capterons toute l’énergie solaire disponible. Notre petit jardin ressemblera alors à une minuscule forêt tropicale avec une dense canopée ! Merveilleux.

À ce moment-là, nous aurons plusieurs options. Par exemple, tailler la couche de végétation supérieure pour permettre à un peu plus de soleil d’atteindre les feuilles inférieures. Idéalement, cette végétation taillée serait comestible, mais si elle ne l’est pas, elle constituera une biomasse en décomposition pour entretenir la vie du sol. Une autre option pourrait être de trouver des plantes qui se développent dans des endroits très ombragés. Ou, pourquoi ne pas essayer de faire pousser des champignons directement dans le paillis ? Les champignons n’ont pas besoin de lumière pour se développer.

Lorsque nous semons de nouvelles graines ou plantons des semis, nous essayons de réfléchir au meilleur emplacement, en fonction des connaissances que nous avons déjà. Par exemple, j’ai vu que le taro pousse bien dans les endroits humides et ombragés. Une maraîchère bio nous a dit que la chayote a besoin de beaucoup d’eau. Le curcuma peut produire des feuilles larges et verticales, il semble donc judicieux de le planter au milieu de la patate douce dont les tiges et les feuilles se développent plutôt horizontalement, etc.

Nous faisons du mieux possible avec nos connaissances actuelles, sans chercher à en apprendre davantage. Nous essayons simplement d’agir et de voir ce qui se passe.

De même, lorsqu’une plante commence à pousser spontanément, nous pouvons soit la laisser pousser là où elle a germé, soit la transplanter là où nous pensons qu’elle pourrait être mieux placée. Dans les deux cas, nous observons ce qui se passe, et si nécessaire, nous essayons d’ajuster par la suite.

En résumé:

Nous essayons de faire pousser tout ce que nous trouvons, pour augmenter la diversité des plantes. Nous avons tendance à préférer les plantes vivaces, et nous accordons beaucoup de valeur aux “mauvaises herbes”. Pour maximiser la production de biomasse, cela ne nous dérange pas si les plantes sont très proches les unes des autres ou s’il semble y avoir trop d’épaisseur de feuilles. Nous réfléchissons au meilleur endroit pour placer chaque plante, mais sans trop réfléchir. Nous nous concentrons davantage sur l’apprentissage par l’action et l’observation. Nous n’avons pas fait de design préparatoire. Ainsi, le jardin se développe lentement, mais avec un peu de chance, nous finirons par obtenir un design plus résilient et naturel.

Pas de protection contre les insectes

Il existe plusieurs stratégies potentielles pour protéger naturellement les plantes contre les insectes.

Par exemple, certaines plantes à fleurs peuvent attirer des guêpes parasites qui pondent leurs œufs dans les œufs d’insectes herbivores. Ainsi, la population de ces insectes herbivores est régulée par la guêpe parasite, ce qui réduit les dommages causés aux cultures. J’ai eu la chance d’observer ce type d’interaction complexe plante-insecte lorsque j’effectuais un stage au Kenya en 2007. Dans un article, j’ai décrit la vie épique d’une fleur de niébé, de ses parasites, et des parasites de ses parasites !

Dans notre minuscule potager, j’ai percé de nombreux trous dans la treille de bambou afin de créer une variété d’abris pour augmenter la diversité des insectes et les interactions plantes-insectes.

J’ai vu, par exemple, qu’au printemps, à Taipei, plusieurs sortes de guêpes aiment pondre leurs œufs à l’intérieur de tiges de bambou percés.

L’épaisse du paillis de déchets alimentaires offre également différents endroits et abris où les insectes peuvent se cacher.

Là encore, nous ne cherchons pas vraiment à favoriser une interaction spécifique plante-insecte, mais plutôt à favoriser tout type d’interaction en augmentant la diversité écologique. De cette façon, des phénomènes écologiques complexes peuvent se produire, même avec des compétences et des connaissances simples.

Si une espèce d’insecte gourmand attaque certaines de nos plantes, nous essayons d’observer comment l’écosystème réagit. Un prédateur ou un parasite va-t-il contre-attaquer et réguler la population de cet avide insecte ? La plante attaquée trouvera-t-elle un moyen de s’adapter ? Certaines des plantules vont-elles se montrer résistantes à cet insecte ?

Nous sommes prêts à perdre une partie de la production, car cela soutient aussi la vie et la diversité de l’écosystème et nous offre des exemples très instructifs d’interactions écologiques dont nous pouvons tirer des enseignements.

En résumé:

Nous n’appliquons rien sur nos plantes pour repousser les insectes, et nous ne cherchons pas activement à attirer des insectes bénéfiques spécifiques. Nous essayons de favoriser les interactions complexes entre plantes et insectes en augmentant la quantité de biomasse en décomposition, la diversité des abris et la diversité des plantes. Si un insecte dévore nos plantes, nous essayons d’observer calmement et de voir comment notre mini-écosystème réagit !

Engrais : paillage à l’aide de résidus alimentaires

Les seuls intrants que nous ajoutons à notre potager sont nos déchets alimentaires. Nous les appliquons directement à la surface du sol, comme un paillis, sur une épaisseur de quelques centimètres (~1 pouce).

Quand on vivait dans la forêt sur un grand terrain, notre compost était plutôt réussi avec très peu de travail et de problèmes. En ville, nous avons essayé différents systèmes de compostage, mais nous avons rencontré des difficultés à chaque fois.

Nous avons essayé lombricompostage. Mais la température était trop élevée pour les vers, ils ont rendu l’âme. Nous sommes passés au bokashi. Mais après la période de fermentation de quelques semaines, le volume des déchets alimentaires était encore important. À l’époque, nous n’avions pas de petit potager sur le toit pour enterrer les déchets alimentaires fermentés. Notre balcon a donc fini par ressembler à une station de compostage ! Nous avons été reconnaissants lorsque des mouches soldats noires ont miraculeusement envahi notre bokashi. Les larves de cette mouche peuvent transformer des quantités importantes de déchets alimentaires en quelques jours seulement. Mais, une fois encore, il s’est avéré trop difficile de contrôler la température du seau. Peu satisfaites des conditions que nous avions à leur offrir, les pauvres larves ont envahi notre balcon, à la recherche d’un meilleur hôte !

Puis, nous avons eu accès à notre espace sur le toit. Depuis ce moment, nous avons simplifié notre système : nous accumulons nos déchets alimentaires dans deux récipients plats sur le balcon.

Photo des récipients plats que nous utilisons pour stocker nos déchets alimentaires sur notre balcon.

Les épluchures et autres déchets sèchent plus ou moins vite en fonction du temps. Comme ils sont bien aérés, ils ne fermentent pas et il n’y a pas d’odeur. Après quelques jours à une semaine, je coupe les plus gros morceaux avec des ciseaux, je mets le tout dans un seau et je l’apporte sur le toit. Là, j’applique simplement ces petits morceaux de biomasse partiellement sèche sur le sol.

Cette biomasse joue le rôle de paillis, ralentissant la croissance des mauvaises herbes et stabilisant la température et l’humidité du sol.

Quelques jours plus tard, les déchets alimentaires sont déjà recouverts de champignons. Ils commencent à se décomposer, en fournissant ainsi beaucoup de nutriments et de carbone aux micro-organismes et aux insectes du sol.

C’est un processus un peu similaire à celui qui se produit avec le bois raméal fragmenté. Alors que le compost a tendance à être un peu acide et riche en bactéries, le bois raméal fragmenté bien aéré a tendance à favoriser le développement des champignons plutôt que des bactéries. Dans notre cas, la principale différence avec le bois fragmenté c’est que les déchets alimentaires sont beaucoup plus riches en azote que les copeaux de bois.

Un niveau élevé d’azote est un avantage en termes de fertilité du sol, mais cela peut aussi favoriser le développement rapide des champignons. Ce qui peut poser des problèmes aux plantes qui craignent les conditions humides et les champignons.

Par exemple, ces pauvres tiges de patate douce ont été colonisées par le même champignon que celui qui poussait sur notre paillage de déchets alimentaires.

Au lieu d’arrêter d’ajouter notre paillis, ou d’essayer de traiter nos patates douces, nous avons simplement attendu et observé. Il semble que certaines d’entre elles aient trouvé comment s’adapter, car elles sont maintenant dépourvues de champignons, même si la biomasse continue de se décomposer tout autour.

Je coupe les déchets alimentaires en petits morceaux avant de les appliquer, pour éviter de buter contre de gros morceaux avec les outils plus tard. La découpe en morceaux est la partie la plus longue de ce processus. Mais dans l’ensemble, ce système nous convient, car nous le trouvons plus simple que d’essayer de composter sur notre petit balcon.

Nous achetons principalement des aliments biologiques. Lorsque nous achetons des aliments non bios, il nous arrive de jeter les épluchures dans la poubelle normale, afin d’éviter une accumulation inutile de composés toxiques dans un si petit potager.

À part cela, nous n’ajoutons aucun produit synthétique, ni même d’engrais organiques du commerce.

Pas d’arrosage

En 7 mois, nous n’avons utilisé que quelques litres d’eau, pour arroser les semis lorsqu’on les transplante dans le jardin par une journée ensoleillée.

Nous aimons voir notre petit jardin comme une minuscule forêt autonome. Nous pouvons la laisser pour quelques jours ou plus, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il cogne, elle continuera à se développer joyeusement. Si certaines plantes semblent trop lutter contre le climat, nous préférons les remplacer par d’autres espèces plus adaptées. En bref, nous aimons nous concentrer sur la résilience de notre jardin, plutôt que d’essayer de compenser sa fragilité en arrosant et en travaillant davantage.

Bien sûr, en termes d’eau, le climat humide de Taipei est un atout. Mais en hiver, il y a tout de même des périodes durant lesquelles il ne pleut pas pendant plusieurs semaines consécutives. La gestion de l’eau reste donc une question utile à prendre en compte.

Un autre atout est la quantité importante de terre contenue dans les bacs en ciment que nous utilisons. Cela créé un sol de plus de 50 cm (20 pouces) de profondeur, capable de retenir beaucoup d’humidité.

Ensuite, pour améliorer encore la résilience de notre jardin, nous essayons de nous concentrer sur des pratiques qui augmentent la capacité de rétention d’eau de notre sol et limitent les pertes d’eau.

Les principaux facteurs sur lesquels nous pouvons travailler pour maintenir une quantité d’eau élevée et régulière dans notre sol sont les suivants : augmenter la porosité du sol, éviter de laisser le sol nu et favoriser les plantes vivaces.

Je décris ci-après ce que nous faisons pour ces 3 points.

Augmenter la porosité du sol grâce aux racines et aux insectes

Un sol poreux stocke plus d’eau dans ses pores qu’un sol compacté. En outre, les racines peuvent se développer plus facilement dans un sol poreux. Avec de longues racines, les plantes peuvent trouver de l’eau dans les couches profondes du sol, même en cas de sécheresse.

On peut décompacter le sol au tout début, au moment où l’on prépare le jardin. Dans notre cas, nous n’avons décompacté que sur une profondeur d’environ 10-15 cm (4-6 pouces) lors du premier désherbage. Comme il s’agit d’un jardin surélevé, nous n’avons généralement pas besoin de marcher dessus, ce qui limite le compactage.

La racine pivotante est un type de système racinaire où une forte racine principale pousse verticalement vers le bas. Les carottes et les radis sont des exemples courants de racines pivotantes. Une racine pivotante peut avoir la capacité de transpercer des couches de sol compacté et d’atteindre l’eau et les nutriments en profondeur. Les plantes à racine pivotante peuvent donc être très utiles pour décompacter le sol. Certaines mauvaises herbes ont également ce type de système racinaire, comme le pissenlit. Dans notre potager, nous avons maintenu jusqu’à présent quelques pissenlits à cette fin.

Bien sûr, les insectes du sol et les vers de terre font un énorme travail de décompactage du sol. Pour favoriser leur activité, il nous suffit de leur fournir de la nourriture avec à notre paillage de déchets alimentaires.

L’action des racines et des insectes pour décompacter le sol peut prendre du temps. Mais elle ne demande aucun effort spécifique de notre part et se produit en douceur, sans perturbation forte et soudaine.

Éviter le sol nu avec des plantes couvre-sol et du paillage

Lorsque le sol est nu, il est en contact direct avec la lumière du soleil et le vent. La lumière du soleil chauffe le sol, ce qui peut tuer certains insectes et micro-organismes et, bien sûr, assèche la couche supérieure. Le vent a également un fort effet asséchant, car il favorise l’évaporation de l’eau.

Un sol poreux réduit déjà le taux d’évaporation, car il n’y a pas de continuité entre les agrégats du sol. Dans un sol compact, en revanche, le soleil et le vent peuvent littéralement pomper l’eau, même en profondeur, en raison des forces de capillarité dans une matrice de sol plus fine et continue.

La principale stratégie que nous utilisons pour limiter l’évaporation de l’eau du sol consiste à avoir de nombreuses couches de végétation qui empêchent la lumière du soleil d’atteindre le sol en premier lieu. Comme nous voulons maximiser la production de biomasse, nous essayons de toute façon d’avoir un abondant feuillage. Par exemple, les patates douces et la menthe couvrent très bien le sol tout en produisant des feuilles comestibles.

Parfois, les plantes sauvages peuvent aussi être très utiles en tant que couvre-sol, comme cette petite roquette sauvage.

Si nous n’avons encore rien planté à un endroit, nous laissons certaines mauvaises herbes spécifiques conquérir et protéger l’espace.

La deuxième stratégie que nous utilisons pour limiter l’évaporation de l’eau du sol consiste à appliquer un paillis. Comme nous essayons déjà de collecter toute la lumière du soleil sur la canopée, le paillis est surtout utile pour protéger la terre du vent. L’effet desséchant du vent est particulièrement important à une plus haute altitude, comme sur les toits des bâtiments.

Photo montrant le paillis fait de déchets alimentaires dans notre petit potager urbain.

Privilégier des plantes vivaces et des plantes frugales

Les plantes aux racines profondes sont plus résistantes, car elles sont susceptibles de trouver de l’eau dans les couches profondes du sol même lorsqu’il ne pleut pas. Comme nous l’avons vu, elles participent également au maintien de la porosité du sol qui, à son tour, augmente la capacité du sol à retenir l’eau.

Les plantes vivaces ont des racines profondes, car elles peuvent se développer sur de longues périodes. En plus de nécessiter moins de travail et d’avoir tendance à produire plus de biomasse, elles sont donc un bon choix pour la résilience hydrique !

Bien sûr, les plantes frugales, qui n’ont pas besoin de beaucoup d’eau pour pousser et survivre, rendent également notre jardin plus résilient.

Notre aloe vera semble très heureux, la menthe sauvage prospère déjà et nous essayons aussi de faire pousser des fruits du dragon !

En résumé:

À part lorsqu’on repique des semis, nous n’arrosons pas notre jardin. Nous aimons l’imaginer comme à une micro-forêt résiliente qui n’a pas besoin de nous pour prospérer. Le climat humide de Taipei et la quantité importante de terre dans nos bacs surélevés sont des atouts évidents. Mais nous essayons également d’améliorer la capacité de rétention d’eau du sol et de limiter les pertes d’eau. Pour cela, nous augmentons la porosité du sol en favorisant le développement des racines et des insectes. Nous limitons l’évaporation de l’eau en développant un dense couvert végétal et en couvrant le sol avec des déchets alimentaires. Enfin, nous favorisons les plantes pérennes et frugales.

Désherber = Récolter

Idéalement, je rêve d’un minuscule potager-forêt comestible, où nous récolterions une nourriture abondante sans jamais aller à l’encontre des dynamiques écologiques spontanées. Dans un tel jardin merveilleux, il n’y aurait aucune différence entre désherber, tailler ou récolter. Car tout ce qui y pousse serait considéré comme utile.

L’idée fondamentale est de profiter autant que possible des processus naturels. Le travail du jardinier est donc beaucoup plus modeste et réduit. Au lieu de planifier et d’organiser avec beaucoup de connaissances et de compétences, le jardinier observe ce qui se passe spontanément et sélectionne les processus et les plantes qui lui servent.

Nous n’avons pas encore atteint cet objectif, car nous prenons le temps de développer le jardin lentement. Mais voici une situation qui illustre ce que je veux dire.

Lorsque j’arrive devant le potager, je commence à explorer sous la mini canopée. Que se passe-t-il là-dessous ? Y a-t-il de nouvelles pousses spontanées ? Si je trouve un petit plant de tomate, de roquette sauvage ou de courge, je regarde si je peux favoriser son développement en taillant la canopée au-dessus. Comme le couvert est principalement constitué de feuilles de patates douces, je les mets dans mon sac avec ma récolte. Tout ce que je fais joue plusieurs rôles à la fois : tailler le couvert, c’est aussi sélectionner de nouveaux plants et c’est aussi récolter des feuilles de patate douce comestibles.

Pour arriver à une telle situation, nous avons tout de même dû désherber de manière importante au début. Nous avons, par exemple, retiré de l’herbe enchevêtrée avec d’autres mauvaises herbes. Maintenant, quand je vois des petites pousses d’herbe, je les enlève très facilement avant qu’elles ne soient trop grandes. Le désherbage des petites plantes est très facile dans un sol poreux et souple. Si nous devons désherber, nous laissons les mauvaises herbes sur le paillage où elles protégeront le sol et fourniront des nutriments à la vie du sol.

Ensuite, nous avons laissé quelques plantes comestibles coloniser l’espace autant que possible. Ainsi, elles captent la lumière du soleil, protègent le sol et limitent la croissance des plantes spontanées non comestibles. Nous avons fabriqué une treille en bambou pour l’un de nos deux bacs, afin de soutenir plusieurs couches de canopée.

Maintenant, nous essayons d’observer ce qui pousse et de sélectionner les plantes que nous trouvons utiles.

En résumé:

Nous aimons penser à notre jardin comme à une minuscule forêt alimentaire fournissant une nourriture diversifiée avec un apport limité de travail. Pour atteindre cet état, nous essayons de développer une forte densité de plantes comestibles et utiles. Une fois que le système fonctionne de cette façon, le travail du jardinier consiste simplement à observer ce qui se passe et à soutenir la dynamique bénéfique spontanée. Idéalement, il n’y a alors plus de différence entre désherber, tailler ou récolter.

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