Comment ressentir l'essence du tai chi, en pratique ?

J’ai commencé à m’intéresser à la compréhension de l’essence du tai chi après avoir pratiqué le tai-chi-quan pendant quelques mois.

Le tai-chi-quan est une séquence de mouvements (pratique) suivant les principes du tai chi (philosophie). Mais de nos jours, nous utilisons généralement le mot tai chi pour désigner la pratique physique tai-chi-quan.

Tai chi s’écrit 太極 en chinois. 太 (pinyin : tài) signifie “trop”, ou “le plus”. 極 (jí) signifie “extrême”. Tai chi signifie littéralement “extrêmes”, “différenciations” ou “contraste”.

L’essence du tai chi : de l’unité vers le yin et le yang

L’essence du tai chi réside dans ce symbole. J’ai trouvé une interprétation intéressante de Keven Hu1. L’auteur est un praticien de la médecine chinoise taoïste.

Selon l’interprétation de Hu, le cercle extérieur signifie l’unité, le tout, 一 (yī). Il représente l’origine de toute chose.

Un grand S divise l’unité en deux parties. Yin 陰 (yīn), et yang 陽 (yáng).

Dans ce symbole, le yin et le yang sont présentés sous la forme de poissons. Le poisson noir est un poisson yin, et le poisson blanc est un poisson yang.

Le poisson yin a un œil blanc, un œil yang. Cela signifie que le yin contient le yang, de sorte que le yin n’existe jamais seul. De même, le poisson yang contient un œil noir, ou un œil yin. Cela signifie que le yang contient le yin, et qu’il n’y a pas de yang solitaire.

La tête du poisson yin, où le yin est le plus abondant, est adjacente à la queue du poisson yang. De même, la tête du poisson yang est reliée à la queue du poisson yin. Cela signifie que lorsque le yang atteint son extrémité, le yin est initié. C’est-à-dire que lorsqu’une chose est à son extrême, le contraire se produit. Le poisson yin et le poisson yang dépendent donc toujours l’un de l’autre.

Le tai chi est donc toujours initié à partir de l’unité. L’unité est également considérée comme wu chi 無極. 無 (wú) signifie “rien”. 無極 (wújí) signifie littéralement “pas d’extrêmes”.

C’est pourquoi, dans le monde du taoïsme, on entend souvent 無極生太極 (wújí shēng tàijí), ce qui signifie que le wu chi donne naissance au tai chi. 生 (shēng) signifie “produire”, “donner naissance”.

Expérimenter physiquement l’essence du tai chi

Mon apprentissage récent du tai-chi-quan m’apprend aussi comment le tai chi émerge du wu chi.

Lorsqu’on pratique le tai-chi-quan, il y a une posture préparatoire avant de commencer à faire les mouvements. Dans cette posture, on se tient sur les deux pieds, tout en mettant le même poids sur les deux pieds. À ce moment, on se concentre entièrement sur les sensations du corps.

Ce geste est appelé guan wu chi 觀無極 (guān wújí). 觀 (guān), “observer”.

Guan wu chi signifie observer l’unité. Ici, dans ce geste, cela signifie observer le soi. À ce moment, le corps est dans sa forme originelle sans aucune intention.

Lorsqu’on commence le premier mouvement du tai-chi-quan en déplaçant le poids du corps vers le pied droit, le tai chi émerge. C’est parce que l’on crée une différenciation dans le corps.

Dans les mouvements suivants, on déplace continuellement le poids entre le pied gauche et le pied droit. On se déplace en avant et en arrière, on lève les bras et on les abaisse.

Pour moi, le tai-chi-quan est un voyage infini entre le yin et le yang.

L’essence du tai chi, dans la vie quotidienne

Je vois aussi que le tai chi émerge du wu chi chaque fois que l’on initie quelque chose dans sa vie quotidienne. Une pensée. Un désir. Un mouvement.

Lorsqu’on initie quelque chose, on commence à pousser quelque chose en avant pour que cela se réalise. En même temps, cela peut produire une force opposée. En ce sens, la vie semble toujours rebondir entre l’avant et l’arrière, les expériences entre la dureté et la détente, les voyages entre les hauts et les bas.

Ainsi, au stade de l’unité, il n’y a pas d’intention. Une fois que l’on initie quelque chose, le yin et le yang émergent. L’essence du tai chi réside dans ce symbole, et je le réalise en pratiquant le tai chi et en appliquant la philosophie à ma vie quotidienne.

Référence

1. Hu K. Les secrets célestes de la véritable médecine traditionnelle chinoise. Suncolor, Taipei (version chinoise). 2020.


Rédaction en anglais par Hsiao, traduction en français et édition par Lénaïc.

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